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Lycée Anguier - Mémoire des soldats de ma commune
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Mémoire des soldats de ma commune par les élèves du lycée Anguier à Eu. Ce site reprend les travaux des élèves du Lycée Anguier sur les monuments aux morts des communes du canton d’Eu en Seine Maritime d’où sont originaires les élèves. Ces recherches ont été réalisées sous la direction de Laurent Llopez, professeur d’histoire-géographie au lycée.

Le Panthéon et la cérémonie pour les écrivains morts pour la France en 1914-1918.

L’article de L’ILLUSTRATION, 19 avril 1919, n°3972, pp.416-417
"AUX ECRIVAINS MORTS POUR LA FRANCE"


par Laurent Llopez

En avril 1919, des commémorations ont lieu pour célébrer les écrivains Morts pour la France pendant la 1ère Guerre Mondiale.

Le journal hebdomadaire L’Illustration publie un compte-rendu de la cérémonie du Panthéon en leur honneur dans le n° 3972 du 19 avril 1919. Une grande illustration occupe la page 417.

AUX ECRIVAINS MORTS POUR LA FRANCE

Ils sont tombés 450. Leurs noms ont été recueillis pieusement dans une longue liste où, à côté de ceux qui déjà avaient une célébrité, se rangent, beaucoup plus nombreux, les très jeunes qui venaient à peine de publier leur premier roman ou leurs premiers poèmes. Mais il n’y a pas à distinguer entre ces morts. Le sacrifice est un et il faut le considérer dans sa signification symbolique.

Les écrivains de France ! Ils sont de toutes les professions et de toutes les classes sociales et n’est-il pas vrai qu’ils appartiennent un peu à toutes les familles ? Ils ont une place dans les foyers où le livre préféré reste si près du cœur. Le « livre de chevet », dit-on, et saurait-on mieux exprimer l’intimité étroite de l’écrivain avec ses lecteurs, ses amis, souvent ses élèves. C’est dire combien d’âmes françaises se sont religieusement associées aux grandes cérémonies où, la semaine dernière, sur l’initiative de M. Georges Lecomte, président de la Société des Gens de Lettres, fut honoré le souvenir des écrivains morts pour la Patrie.

M. Georges Lecomte a eu, pendant la guerre, un rôle difficile, écrasant et admirable. Il vient d’être réélu à l’unanimité pour la huitième fois, ce qui ne s’était jamais vu dans cette grande association où les conflits d’idées et de sensibilités sont plus aigus que partout ailleurs. Le gouvernement a eu le geste opportun de lui donner cette cravate de commandeur de la Légion d’honneur qu’il avait trop modestement refusé en 1913, lors d’une promotion exceptionnelle pour les écrivains. Pendant la guerre, frappé lui-même dès le début dans ses affections les plus immédiates, le président de la Société des Gens de Lettres a voulu rester en contact avec tous ceux qui se battaient, leur donner, aussi souvent que possible, la certitude de la solidarité fidèle de ceux que leur âge ou leur état de santé retenaient à l’arrière. Que de belles et bonnes et réconfortantes lettres il a ainsi trouvé le temps d’écrire à tous et comme chacun lui en gardera une longue gratitude ! Puis, quand on a fait le compte des morts, Georges Lecomte a voulu rester, aussi, le président de ces morts. « Ils n’ont pas fait plus que les autres, a-t-il dit. Mais c’est grâce à eux peut-être que les autres ont fait ce qu’ils ont fait et si bien. » Et il a décidé qu’on rendrait aux écrivains tués des honneurs nationaux dans les églises de tous les cultes, qu’il y aurait, pour évoquer leur gloire, une réunion solennelle à la Sorbonne et que leurs noms retentiraient dans un appel historique sous le dôme du Panthéon.

Tout s’est ainsi exécuté. Les quotidiens ont dit la grandeur des cérémonies de Notre-Dame, du Temple, de la Synagogue. Ils ont publié les très beaux discours prononcés à la Sorbonne et le Figaro a reproduit l’admirable poème de M. Edmond Haraucourt si hautement inspiré quand il a montré les morts d’hier assurant, par le sacrifice de leur œuvre future, la survie des œuvres du passé :

  • Et vous, les grands aïeux, vous aurez un aïeul :
  • Lui ! Le disciple a pris son maître pour filleul,
  • Et l’Immortel devient le fils de l’Ephémère.
  • Sans lui, voués au sort de Virgile et d’Homère,
  • Vous dormiriez au fond des siècles révolus,
  • Et la langue que vous parlez ne serait plus.
  • Dans l’ombre où l’on voulait vous forcer à descendre,
  • Vous seriez du Silence assis sur la cendre,
  • Sans lui ! Votre présence est un don de l’absent,
  • Il a recopié votre œuvre avec son sang,
  • Et votre œuvre n’est plus de vous seul ; il la signe !
  • Au bas de chaque page, au bout de chaque ligne,
  • Il appose une croix, -cette croix qu’il porta
  • Pendant qu’il gravissait le, pour vous, Son Golgotha.
  • Demain, sur le feuillet de garde d’un Montaigne
  • La France ajoutera ce paraphe qui saigne :
  • « Mort pour la France. » Et sur la Chanson de Roland,
  • D’une main plus tremblante, un surnom plus sanglant :
  • « Disparu. » Rabelais qui rit, Ronsard qui rime
  • Auront ce collaborateur : « Un Anonyme. »
  • Sur le roc de Hugo, sur le banc de Balzac,
  • Un nom : « Mort sans laisser de nom. » Au bord du lac,
  • Lamartine verra frémir l’étoile neuve :
  • « Croix de guerre. » Pascal debout au bord du fleuve,
  • Et La Fontaine assis au bord du ruisseau,
  • Descartes et Renan, Gerson près de Voltaire,
  • Pieusement, tendront leur plume au signataire :
  • « Inconnu. Mort au champ d’honneur… » Racine en deuil,
  • A deux genoux devant un tertre sans cercueil,
  • Déchiffrera, sous l’asphodèle ou l’ancolie,
  • Le nom qu’il doit broder au manteau d’Athalie ;
  • Et les petits-neveux des enfants de nos fils
  • Enlaceront, comme un rouge volubilis,
  • Après le Cid, après le dernier vers d’Horace,
  • Dans le nom de Corneille, un nom : « Mort pour la race ! »

Ces vers, il faut les relire avec, devant les yeux, l’image de la cérémonie du Panthéon qua fixé le dessin de notre collaborateur Henry Cheffer et dont on comprendra mieux ainsi la signification grandiose.

Une cérémonie de ce caractère dans l’immensité et dans le formidable silence du Panthéon, entre le dôme symbolique et la crypte des Grands Hommes, prend une majesté antique. Elle est un tableau d’histoire qui se patine vite au souffle du passé et se fixe, en vision définitive, dans le souvenir de ceux qui l’ont vécue. Il y avait là des milliers d’assistants. Ils semblaient à peine quelques lignes noires, de menus îlots sombres sur les dalles claires. On n’entendait pas une voix, pas un heurt de chaise. Les mouvements, les bruits de pas s’anéantissaient dans les vastes espaces. Les gens venus religieusement pour assister à cette solennité nationale, à cette sorte de sacrement civique de cinq cents morts, s’immobilisaient en des attitudes de fresques et semblaient continuer, à travers le temps, les personnages allégoriques d’un grand peintre qui fut un grand poète. Et, dans la lumière gris, dans le froid crépuscule du prodigieux mausolée où sainte Geneviève continue sa veillée bleue sur Lutèce endormie, il y avait un recueillement profond, celui qu’il fallait pour rendre un hommage suprême aux lettres françaises en deuil, à la pensée de notre race sauvée du joug, à toute cette culture qui nous a valu l’amour et le secours de l’univers.

Chacun se repliait sur ses évocations. Plusieurs d’entre nous qui, lors de la dernière offensive, à la suite de l’ennemi en retraite, avaient pénétré dans les villes du Nord et les cités belges, se rappelaient cette vision plus poignante encore que celles des ruines traversées : les librairies mortes, vides de nos œuvres de sensibilité, de pensée, de lyrisme ; et ils entendaient encore l’appel émouvant de ces populations, qui a peine libérées et pas encore ravitaillées, demandaient avec du pain, des journaux et des livres français, ces informations claires, nerveuses, passionnées, vivantes, ces idées, cette sensibilité, cette foi exprimées par les nôtres, tout ce trésor de l’esprit de notre race qui leur avait été volé depuis quatre ans et sans lequel elles ne pouvaient plus vivre davantage. Des quotidiens périmés, des publications qu’on avait, sous la main, furent distribués ici et là, dans les Flandres, et l’on vit ceci : les habitants d’un village se réunissant le soir chez le bourgmestre pour entendre lire à haute voix un vieux journal français et la même population se retrouvant le lendemain chez le curé ou le notaire pour relire le même journal de chez nous qu’elle avait lu la veille chez le bourgmestre…

Le chant doux et lent des chœurs de la Schola Cantorum montait sous les voûtes comme un encens. La haute silhouette noire du président de la Société des Gens de Lettres s’effila devant le cénotaphe. Le visage ardent de Georges Lecomte, toujours animé, empourpré, combattif, était, à cette minute, un peu pâle. Il traduisait, en présence de tant de morts, une impression intérieure qui était le centre des impressions de tous. Il nous apparaissait un peu comme le prêtre familial antique, le chef de la gens romaine, allumant, pour ceux de sa race qui n’étaient plus, un autel qui ne s’éteindrait jamais. Et, de fait, tous ses gestes furent rituels. Sa voix, une voix que nous ne reconnaissions plus, lente, recueillie, officiante, monta très haut pour dire des paroles qui étaient une prière aux victimes symboliques, vers lesquelles il éleva ensuite, comme une hostie, la palme de bronze du Souvenir.

Maintenant, on allait dire les 450 noms. Les membres du comité de la Société des Gens de Lettres entourèrent le cénotaphe. Un autre écrivain en gravit les degrés, un soldat amputé de la jambe, le général Malleterre que la reine Marie de Roumanie nomma « le général des grands blessés », et dont la silhouette mutilée de dressa, pour la parade, tandis qu’il commandait : « Trompettes de la Garde ! Ouvrez le ban ! » puis, après une sonnerie éclatante : « Pour l’appel ! » Et la lecture des noms suivit…

Chacun de ces noms notre sensibilité les retenait au passage. Les livres connus, aimés, les pages toujours vivantes, celles que nous savions inachevées, se feuilletaient à mesure sous nos yeux. Aux noms jetés sous les voûtes avec des espaces de silence s’ajoutaient des images brisées, celles qui, la veille aussi, s’étaient succédé pour la foule de la Sorbonne, dans les évocations émouvantes du président de la République : Driant, couché sur la terre de Lorraine à laquelle il s’était cramponné farouchement, moderne Roland dans un terrible Roncevaux… Péguy, qui portait en son cœur toute la bonté humaine, toute la générosité mystique de la race, le lieutenant Charles Péguy tué, en pleine charge, par une balle au front, réalisant ainsi son rêve :

Heureux ceux qui sont morts pour une juste guerre !

Emile Nolly (le capitaine Détanger), observateur fraternel des âmes indigènes de notre France d’Extrême-Orient, mort en disant : « Qu’importe la vie d’aucun d’entre nous. L’essentiel est que la France vive ! »… Ernest Psichari, « revenu des terres de soleil et de sommeil pour écouter dès avant la guerre l’appel des armes » et qui fut haché sur sa pièce dès les premiers combats. Et, auprès de lui, uneclair et douce figure, son frère Michel, qui fut le plus jeune de nos collaborateurs à L’Illustration, et qui, parti dans la guerre avec une sorte de mysticisme patriotique, tomba, trois fois cité, dans une frénésie d’héroïsme…

D’autres noms suivent : Marcel Drouet, qui attend avec un volume de Chateaubriand sur ses genoux le signal de l’action… André Lafon, de qui, après l’Elève Gilles et la Maison sur la rive, on aurait eu de grandes œuvres… Paul Lintier, l’auteur de ce joyau : Ma pièce, tué à vingt-trois ans à Jeandelincourt… Art Roë (le colonel Patrice Mahon), tombé dès le mois d’août 1914 dans la plaine de Wissembach… Le très fin Charles Müller, Alsacien, mort pour la France, « à la manière » de nos plus vaillants morts, et aussi, Adrien Bertrand, Emile Clermont, Pierre Gilbert, et encore d’autres, encore d’autres…, quatre cents noms que le général Malleterre lance d’une voix qui tonne dans les échos des voûtes.

« Trompettes de la Grade ! Fermez le ban ! »
La cérémonie est finie. Non, pas tout à fait encore. Il y a la Schola Cantorum qui ressuscite un hymne guerrier du quinzième siècle. Il y a, dits, par MM. Albert Lambert et Alexandre, les poèmes de Charles et d’Alfred Drouin. Une dernière sonnerie. Cette fois, c’est la fin. On se sépare, et, très impressionné, on quitte la pénombre de cette immense cathédrale de la piété civique où vient de se célébrer l’une des plus hautes cérémonies du Souvenir.

ALBERIC CAHUET

Le 15 octobre 1927, des tables de marbre furent posées sur un mur du Panthéon, comportant les noms de 560 écrivains... une autre plaque comporte 197 noms pour la 2nde Guerre Mondiale.

Liste provenant du site :http://www.lesecrivainscombattants.org/Pantheon.htm


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