Jeudi 21 septembre 1922, n°76
Mers inaugure son Monument & sa plaque commémorative
1ère partie, la partie "religieuse du matin"
Une émouvante et double cérémonie préparée avec un soin pieux, s’est déroulée dimanche dernier, 17 septembre 1922, à Mers, où furent inaugurés, en souvenir et à la glorification de nos morts de la Grande Guerre, une plaque dans l’église paroissiale et un monument sur le triangle, dont la rue d’Ault, la rue Amiral-Charner et la route Nationale n°15 bis forment les côtés, au centre de notre cité balnéaire.
Glorification des morts, disons-nous.
Aussi les vivants ne nous en voudront-ils pas, si nous ne nous attardons pas à les féliciter pour tout l’effort qu’ils ont fourni à cette occasion, pour tout le zèle qu’ils ont déployé, tout l’art même qu’ils ont mis à rendre cette solennité plus belle et plus digne de ceux qu’ils ont ainsi contribué à honorer.
La décoration de la ville.
Il faut dire cependant, -car il serait injuste de ne pas le dire, et nous serions incomplet en ne l’observant pas,- que tous les habitants avaient rivalisé de travail, malgré les menaces du temps, qui ne commença de sourire que le samedi, -il faut dire que la ville de Mers avait reçu pour la circonstance une décoration fort jolie. Et, sans citer le nom de personne, -car nous ferions de regrettables oublis, -rappelons que près de 40 arcs de triomphe avaient été dressés sur tout le parcours ou en vue du cortège, soit pour la cérémonie du matin, soit pour la cérémonie de l’après-midi : au quartier du four à chaux, sur la route nationale, rue d’Eu, Grande-Rue, rue d’Ault, place du Marché, rue Jules-Barni, devant le Casino, à l’entrée de toutes les rues adjacentes à la grande place , à l’entrée de la rue du 4 Septembre, à l’entrée de la rue Charlemagne, au monument, dont le pied avait été admirablement orné de gazons et de fleurs. Plusieurs de ces arcs représentaient une somme de travail et d’argent, une somme de patience aussi relativement considérables. Ecussons, faisceaux, croix de guerre, voire même un casque tout garni de lierre et deux soldats en tenue de tranchées, oriflammes et banderoles, fleurs à profusion, inscriptions à la gloire des héros, rien ne manquait et l’ensemble présentait un aspect aussi patriotique qu’agréable.
A la Mairie
C’est à la Mairie, qui avait elle, elle aussi, reçu une décoration de circonstance, que les sociétés de la ville se réunirent le matin et le cortège se forma aussitôt, comprenant la Musique municipale, avec son chef, M. Delépine, son vice-président, M. Deshayes, et sa bannière, portée par M. Vincent ; la Compagnie de Sapeurs-Pompiers, avec son officier, M. Guillon, et son drapeau, porté par le sergent Depoilly ; les Pupilles de la Nation, avec leur présidente, Mme Thorel et leur drapeau, porté par le jeune Alphonse Lebeuf ; les Anciens Combattants, avec leur président, M. Thorel, et leur drapeau porté par M. Gaudry ; l’Amicale des Mutilés, avec son président, M. Théron ; la Fraternelle des Chemins de Fer, avec MM. Macré et Renaux, receveurs ; une délégation de la Fédération des Chauffeurs et Mécaniciens ; l’Association des Dames Françaises, avec Mme Paul Bignon, présidente et Mme Landot, vice-présidente ; MM. Arnoult, maire, et Grenet, adjoint ; MM. Marcassin, Couvreur, Forget, Leroy, Gondré et Féolde, consillers municipaux ; Pierrin, sénateur ; Gonnet, député ; Ternisien, maire du Tréport ; Pouchin, directeur du Messager Eudois ; la « mersoise », avec on vice-président, M. Bœuf ; la Société des Secours Mutuels, avec son président M. Léon Vasseur ; les Prévoyants de l’Avenir, avec leur président, M. Paul Vasseur ; le Cercle et le Patronage Saint-Martin, avec M. Chantrel et leurs drapeaux, portés par les jeunes A. Vasseur et M. Bouquillon ; M. Paul Chantrel, représentant le Conseil paroissial ; le Comité du Monument, avec M. Paul Dupré, son vice-président, qui représentait en même temps les Syndicat des Propriétaires, dont il est le président ; M. Henri Coeffier, président du comité des fêtes balnéaires de 1922 ; un certain nombre de soldats en permission, etc….
Les familles des glorieux morts avaient également leur place dans ce long cortège qui, aux accents de la musique gagna l’église Saint-Martin, par les rues Jules-Verne, d’Ault et de l’église.
Le Service Funèbre
L’église avait reçu une décoration sobre, mais de parfait bon goût. Des drapeaux tricolores, -ceux de toutes les classes mobilisées,- avaient été disposés en écusson, dans le chœur et la nef, au sommet du rétable, autour de la grande Croix et près du mémorial, que recouvrait également une large étoffe aux trois couleurs ; au-dessous de la croix, une inscription avec ces mots : pour l’humanité ; avec au-dessous du mémorial, une autre avec ceux-ci : pour la patrie. Quelques tentures noires avaient été également posées dans le chœur et le sanctuaire, pour rappeler que, malgré cet appareil de gloire, une pensée de deuil devait emplir tous les cœurs.
La Musique municipale, qui avait été placée dans la tribune, malheureusement trop exigüe, joua un morceau et la messe commença, dite par M. le Curé. Les jeunes gens du Cercle Saint-Martin, aidés de MM. Théron, Berger et Volclair et de Mme Jubert exécutèrent la messe de Bellouard, en vers français, adaptée sur le chant latin. M. Marie-Cardine, professeur au lycée Janson de Sailly, les accompagnait à l’harmonium. Après l’élévation, pendant laquelle les clairons des Pompiers sonnèrent, Mlle Lombard chanta un très beau Pie Jesu et l’on entendit encore, la fin de l’office, un morceau de saxophone, accompagné par M. Paul Delépine.
M. le chanoine Talva, du Clergé d’Amiens, prit alors la parole et prononça un sermon, en tous points remarquable, et par la clarté et par l’élévation de la phrase littéraire et colorée. Combien nous regrettons de n’avoir pu, jusqu’ici, nous procurer ce touchant morceau de l’éloquence chrétienne !
Ils ne sont point morts, ceux que nous pleurons, s’écria le prédicateur ; c’est par eux que nous vivons, par eux que subsiste toute la vie qui nous entoure, celle de la nature et des moissons. Et, lorsque nous pénétrons dans un cimetière, c’est la visite de ceux qui font semblant d’être vivants à ceux qui font semblant d’être morts.
Puis l’orateur rappelle quelle somme de souffrances et de sacrifices la guerre leur a coûté, et aussi quels furent leur courage et leur entrain. Il termine en réclamant pour eux la miséricorde divine et l’éternel repos.
A M. l’abbé Duchemin, chanoine honoraire, curé-doyen de Saint-Germain-en-Laye, vieil habitué de notre paroisse, dont il a connu beaucoup des enfants tombés pour la France, M. le Curé offrit de donner l’absoute pour le repos de leurs âmes, puis le clergé se rendit à l’autel Saint-Martin, situé au milieu de l’église et sur lequel étaient amoncelées des gerbes de fleurs, offertes par les familles, par la Fédération des Chauffeurs et Mécaniciens, les Anciens Combattants et les Mutilés et Réformés et l’Abri Saint-Martin.
Lentement, la plaque commémorative est découverte ; c’est une œuvre très artistique et réussie à merveille de M. Pierre Ansart, architecte à Amiens, dessinateur consommé, et qui a réalisé un de ses meilleurs tableaux. Cette plaque, tout en mosaïque, à près de 2 mètres de largeur ; elle est divisée en 3 parties : de chaque côté, les noms des glorieux morts de Mers et au milieu, Saint-Martin, revêtu de sa livrée militaire et tenant en main son épée ; en haut cette inscription : A NOS HEROS 1914-1918 ; en bas, cette autre : SAINT-MARTIN, PRIEZ POUR EUX !
M. l’abbé Blériot procéda à la bénédiction et le Libera fut ensuite chanté.
Pour la sortie, la Musique municipale joua un nouveau morceau et le cortège se reformant, se rendit, par la rue de l’église, la Grande-rue et la rue d’Ault au monument.
Là, les Sociétés se rangèrent aux emplacements qui leur furent désignés par les commissaires qui, toute la journée, se dépensèrent avec le zèle le plus méritoire au service d’ordre, de concert avec la police municipale.
M. le Curé récita les prières liturgiques et bénit le monument. Le De Profundis fut chanté par le Cercle Saint-Martin, avec solo, par le jeune Clotaire Deschryver ; le cortège retourna à la mairie et la dislocation eu lieu. Ainsi se termina la cérémonie du matin.