Discours d’inauguration du monument aux Morts de Canehan (28 novembre 1920) par le Maire de Canehan.
Mesdames, Messieurs,
Lorsque le 2 août Parents et amis accompagnaient à la gare un des leurs se rendant à la frontière pour y repousser l’ennemi envahisseur, c’est avec une légitime fierté qu’ils embrassaient un époux, un fils, un frère ou un ami avant de s’en séparer.
Tous à ce moment là avaient l’espoir que la séparation serait de courte durée ; ils comptaient pour cela sans la machination diabolique allemande, qui au contraire allait tenir éloignés d’eux des êtres chers, que quelques uns hélas ! Ne reverraient jamais.
Que ceux qui sont tombés là-bas, dans les plaines flamandes ou picardes, sur les Coteaux de l’Artois ou de la Champagne, dans les montagnes des Vosges ou sous les murs meurtriers de Verdun reposent en paix. Devant ce monument qui nous rappelle sans cesse leur cher souvenir et le sang versé par les enfants de la Commune pour la Défense du Droit et de la Liberté, nous nous inclinons respectueusement et rendons à tous un dernier hommage de vive et sincère reconnaissance.
Ceux qui étaient appelés pour défendre leur pays, nos personnes et nos biens, n’ont pas failli à leur tâche, et tous ont accompli courageusement leur devoir, malgré les souffrances et les privations de toutes sortes. Qu’ils reçoivent ici l’expression de notre profonde Gratitude.
Mais vous tous vieillards, pères et mères de famille, femmes et enfants, êtes vous restés inactifs pendant que les vôtres se battaient comme des lions contre la horde teutonne ? Non ! Et c’est tout à votre honneur que vous avez lutté contre les difficultés les plus grandes. Malgré des jours d’angoisse et de tristesse vous avez aussi courageusement et loyalement accompli votre devoir civique. Que de vieillards ont repris le travail après le départ de leur fils ! Combien de femmes ont laissé le fourneau pour prendre la Charrue ou diriger les travaux les plus pénibles de la ferme à la place du mari absent !
Loin de vous laisser abattre par le découragement, tous vous avez redoublé de vaillance et de courage, tous vous avez travaillé pour faire produire à la terre ce qui était nécessaire aux besoins de la vie.
Sans vos efforts que seraient devenues nos admirables troupes ? Que seraient devenus ceux qui peinaient dans nos usines, dans nos magasins dans nos hôpitaux, etc. ?
Tant de dévouement a rendu plus facile des tâches bien ingrates : Réquisitions militaires, ravitaillement de la population civile, aménagement de nos hôpitaux pour soins aux malades et aux blessés ! Etc.
Mais là ne s’est pas bornée l’activité de ceux de l’arrière ! Non seulement ils ont fourni par leur travail tout ce qui pouvait contribuer aux nécessités de l’existence, mais encore ils ont fourni à la France ce qui était indispensable pour la bonne organisation de ses nobles armées et pour soutenir l’entraide de ses vaillants soldats : en souscrivant à l’Emprunt.
Avec quel admirable élan de patriotisme chacun a voulu apporter son obole. Tous riches comme pauvres n’avaient qu’un désir : procurer à son pays les moyens de se défendre contre l’envahisseur, les moyens de lutter jusqu’à la victoire.
Aujourd’hui votre tâche est-elle terminée ?
Non. La reconstruction des maisons, des mines, des écoles, des hôpitaux dans les pays dévastés s’impose. Vous ne voudrez pas faillir à votre devoir pendant la Paix alors que vous vous êtes montrés dignes de tous les sacrifices pendant la guerre. Vous ne voudrez pas surtout que le sang de vos chers enfants ait été versé inutilement. Alors par votre travail et par votre esprit de solidarité vous tiendrez à contribuer efficacement au relèvement de votre Cher Pays et vous voudrez porter plus haut toujours plus haut la Grandeur et la Prospérité de la France.