Conseil de Révision, la visite au cimetière
2 mars 1922, N°18
A l’occasion du Conseil de révision, le vendredi 24 février, les conscrits de la classe 1922, fidèles au culte des morts, se sont rendus au cimetière.
A 7 heures ½ du matin, le cortège se forma et, accompagnés de M. le Maire, du garde champêtre, des veuves de guerre et de leurs parents, les conscrits se dirigèrent vers la nécropole. Au pied du monument aux morts pour la Patrie, le jeune Sévelin prit la parole au nom de ses camarades et prononça le discours suivant :
"A nos aînés,
Je viens au nom de mes camarades, les conscrits de Flocques, de la classe 1922, saluer nos aînés, les enfants de notre commune tombés glorieusement pendant la terrible guerre 1914-1918.
Rien ne les avait, semble-t-il, préparé à se battre ainsi ; cependant quand l’ordre de la mobilisation générale arriva, le 1er août 1914, quand le tambour et le tocsin appelèrent subitement aux armes les enfants du pays, tous répondirent à la voix de la Patrie en danger.
Ils sont tombés en pleine conscience, pour une cause qu’ils savaient sainte : celle de la France envahie.
Qu’ils nous permettent de nous incliner respectueusement devant ce monument élevé à leur gloire et de leur dire que nous reviendront le plus souvent possible pour leur apporter le pieux hommage de notre gratitude et puiser dans leur souvenir une leçon toujours nécessaire d’énergie et de dévouement.
Faisons, mes camarades, le serment d’être dignes de ces braves, de ces vaillants.
En partant, nous emporterons la volonté de contribuer à ce que la France soit toujours plus forte et plus belle, plus laborieuse et plus noble ; cette France que nos aïeux ont faite, que ceux dont les noms sont gravés sur ces monuments ont défendue et qu’à notre tour nous allons servir, de manière qu’elle demeure toujours la fière République, la sauvegarde du Droit et l’honneur de l’Humanité."
Puis une couronne fut déposée en mémoire d’un des leurs camarades.
M. Boutin, maire de Flocques, pris à son tour la parole et prononça l’allocution suivante :
"Mes chers enfants,
Comme dans l’ancien temps, les membres d’une même famille se rassemblaient autour de l’autel pour célébrer la mémoire des grands ancêtres. Les habitants de Flocques se rassemblent à chaque évènement grave autour de ce monument. Cette fois, ce sont les jeunes qui, avant de partir pour l’armée, viennent y déposer une couronne, et prendre dans le recueillement, une leçon d’énergie et d’altière volonté.
Laissez-moi vous dire tout d’abord, mes chers enfants, combien je suis touché de l’honneur que vous m’avez fait en m’invitant à prendre part à cette cérémonie familiale.
Vous faîtes votre devoir en venant ici, car ceux dont les noms sont gravés sur cette pierre ont tous fait le leur : ils sont morts simplement, dignement sur le champ de bataille, comme ailleurs. Les uns sont tombés en chargeant avec leur compagnie, leur section ; les autres en accomplissant leur tâche plus obscure, mais tout aussi méritoire, de guetteurs, d’agent de liaison, de patrouilleurs. Plusieurs d’eux sont morts à l’hôpital, des suites de leurs blessures ; certains ont été terrassés par une cruelle maladie contractée ou aggravée dans les tranchées ; d’autres sont décédés après avoir été réformés.
Mais quelle que soit la façon dont ils sont morts, ils ont tous également droit à notre pieux souvenir et à notre reconnaissance. Et vous, jeunes gens qui, à votre tour, allez partir pour servir la Patrie, prenez l’engagement devant ce monument de faire votre devoir. Rappelez-vous toujours le sacrifice de vos aînés, prenez exemple sur eux et sachez avoir, comme le dit le littérateur, leurs vertus.
La volonté supérieure du soldat français doit dominer la souffrance physique et l’angoisse morale, subissant tous les maux, toutes les misères, sachant attendre, patienter, endurer, résister, accomplissant tous les travaux, bannissant toutes les craintes, bravant tous les périls, s’élevant au dessus d la mort même, toujours plus décidé, plus énergique, plus croyant à la France, laissant même aux jours les pus sombres un peu de soleil avec sa jeunesse."
La cérémonie terminée, les conscrits se rendirent à Eu, où avait lieu le Conseil de révision.