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Lycée Anguier - Mémoire des soldats de ma commune
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Mémoire des soldats de ma commune par les élèves du lycée Anguier à Eu. Ce site reprend les travaux des élèves du Lycée Anguier sur les monuments aux morts des communes du canton d’Eu en Seine Maritime d’où sont originaires les élèves. Ces recherches ont été réalisées sous la direction de Laurent Llopez, professeur d’histoire-géographie au lycée.

Le discours de M. Le Docteur Leconte lors de l’inauguration de la plaque souvenir au collège-lycée de Eu.

22 avril 1923, le président de l’Amicale des Anciens élèves, le Docteur Leconte, prononce un des discours à l’occasion de l’inauguration de la plaque souvenir du collège-lycée Anguier.


par Laurent Llopez

Discours de M. Le Docteur Leconte, Président de l’Amicale des Anciens élèves, 22 avril 1923

En prenant la parole, j’ai un premier devoir à remplir ; je tiens à adresser, au nom de l’association des Anciens Elèves du Collège, des remerciements aux nombreuses personnalités qui nous ont fait l’honneur de répondre à notre invitation et de se joindre à nous dans cette patriotique cérémonie, et d’abord à M. le Préfet de la Seine-Inférieure, qui a bien voulu accepter avec empressement de venir la présider ; M. le Recteur, qui a dû traverser les ¾ de la Normandie pour arriver jusqu’au Collège d’Eu, le plus isolé sans doute de son ressort académique ; M. l’Inspecteur d’Académie, dont nous recevons ici, comme M ; le Recteur, la première visite ; M. le Sous-Préfet de Dieppe, un habitué de nos cérémonies eudoises ; M. Paul Bignon, un ancien élève dont les hautes fonctions font l’honneur de sa ville natale et de son vieux Collège.

Je remercie encore MM. Les Maires de la Ville d’Abbeville, du Tréport, et ceux du canton, ainsi que M. le Commandant d’armes, qui nous a accordé le concours de la troupe ; M. le Curé Doyon qui nous a prêté aimablement son matériel ; MM ; les Présidents des diverses sociétés locales avec leurs bureaux, ainsi que les diverses fonctionnaires de la ville.

Je n’aurai garde d’oublier les nombreux souscripteurs dont la générosité a permis à l’Association d’ériger ce beau monument, plus important, certes, que nous n’osions l’espérer, et aussi les collaborateurs dont l’aide active a réussi à mener à bien cette souscription : MM. Les Principaux Virebayre et Pactus, MM. les Professeurs qui ne m’en voudront pas de citer tout particulièrement le camarade Labarre, si connu des familles et de nombreux élèves, qui avait pris à cœur la réussite de cette œuvre, rêvant pour notre bel établissement universitaire quelque chose de digne de sa vieille réputation.

Je voudrais encore parler de tous ceux qui ont pris part à la préparation de la cérémonie d’aujourd’hui ; mais ne pouvant les citer tous, je m’adresserai à la Municipalité dont le concours a été des plus utiles et j’exprimerai notre gratitude à M. l’Abbé Carpentier, dont vous avez entendu la parole éloquente, et à M. l’Abbé Dupré, venus tous deux de loin, malgré de multiples occupations. Aux artistes qui ont charmé le nombreux auditoire qui remplissait la chapelle, à la Musique Municipale qui nous a prêté son heureux concours, j’adresserai sincèrement un chaleureux merci.

Je salue enfin respectueusement les familles en deuil dont nous honorons aujourd’hui les chers Morts ; si leur sacrifice a été grand, il n’est pas tombé dans l’oubli : il ne faut surtout pas qu’il soit inutile.

Au mois de juin dernier, la Ville d’Eu rendait à ses Morts de la Grande Guerre un solennel hommage en inaugurant dans une journée inoubliable le beau monument qui orne une des places de notre cité.

Le collège d’Eu, lui aussi, a largement payé sa dette à la Patrie ; il ne pouvait oublier ses Morts ; dès sa 1ère réunion, après cette tragique période de quatre années, la première pensée de l’Association des Anciens Elèves a été pour eux.

Vous venez d’entendre cet émouvant appel aux Morts ; ce fut une douloureuse surprise pour nous tous de constater combien était grand le nombre des disparus, combien nombreux les vides creusés dans nos rangs. Une tâche s’imposait dès lors à nous : perpétuer le souvenir de nos anciens camarades tombés pour la défense du sol natal.

Une souscription fut ouverte. Principal, Professeurs, anciens Elèves, chacun se mit à l’œuvre avec ardeur, car nous voulions un monument digne de nos héroïques soldats ; nous espérons avoir réussi.

L’exécution de ce mausolée a été confiée au statuaire normand bien connu, Robert Delandre, qui a conçu un ensemble sculptural du plus bel effet.

Ce grand bas relief représente un jeune soldat tombant sur le champ de bataille. Sa dernière pensée est pour son cher Collège, dont, en fermant les yeux, il semble avoir une suprême vision et vers lequel il soulève une main défaillante. A ses pieds, des feuillets épars et un livre ouvert symbolisent aussi les études trop vite abandonnées et les pages qu’il lisait peut-être encore quelques instants avant d’être frappé à mort. Des attributs guerriers en bronze complètent cette belle œuvre qui honore grandement l’artiste qui l’a conçue et exécutée. Elle sera digne de notre vieux Collège, dont la chapelle possède déjà des chefs-d’œuvre, digne surtout, et c’était là notre but, des braves enfants qui, barrant la route à l’ennemi, ont lutté jusqu’à la mort et préservé nos foyers des horreurs des pays envahis.

127 noms, 117 élèves et 10 professeurs, sont gravés sur ces plaques de marbre.

C’est l’histoire de 20 années scolaires, qui est inscrite sur ces tablettes, depuis le Principalat de M. Vernagu, jusqu’à celui de M. Virebayre. La plupart de ces noms sont familiers. Les derniers grandis dans cette enceinte sortaient en juillet 1914, sans se douter qu’ils franchissaient la porte pour la dernière fois.

L’appel funèbre fait par notre camarade évoquait en nous le souvenir des heures joyeuses des Distributions de prix, où ces mêmes noms étaient proclamés sur le palmarès, aux applaudissements de tous. Trois appels résument la vie de ces héroïques enfants : l’appel des récompenses auquel ils répondaient avec joie ; l’appel de la Patrie : ils y ont répondu avec un magnifique élan, et enfin l’appel suprême auquel nous répondons aujourd’hui : mort pour la France.

Par ce pieux hommage adressé aux camarades tombés au champ d’honneur, nous voulons conserver vivant en nos cœurs le souvenir de leur sacrifice.

Témoignages sacré de reconnaissance, d’abord, mais aussi souvenir de ces années terribles ! Si cette belle jeunesse a été en grande partie fauchée dans sa fleur, si le tiers d’une génération de 20 ans est tombé sur le champ de bataille, songez à qui nous devons cette hécatombe !

Jeunes gens, n’oubliez pas !

Trop jeunes peut-être alors pour comprendre l’immensité du péril couru par notre chère Patrie, laissez moi vous crier avec toute l’ardeur d’une conviction sincère (acquise, hélas ! par l’expérience) : Surtout, n’oubliez pas ! Souvenez-vous que, le 31 août 1914, une vague d’invasion, renouvelée des temps barbares, venait déferler à 30 kilomètres de cette vallée ; souvenez-vous des ruines accumulées sur notre sol pendant plus de 4 années par cet implacable envahisseur ; souvenez-vous enfin que cet ennemi, lui, n’oublie pas et qu’il n’attend – et pendant des années encore, patient et tenace, n’attendra qu’un moment de défaillance de notre part pour venir – se jetant à nouveau sur nous, ses voisins, qu’il jalouse, sur nous, ses vainqueurs, qu’il hait, achever contre notre belle France son œuvre de destruction !

Restons unis, surtout, et que l’ombre de nos héros nous inspire !

Monsieur le Maire,

Nous remettons à la ville ce monument, élevé en l’honneur des Morts du Collège d’Eu ; en le confiant entre vos mains, nous sommes certains que le culte du souvenir, si vivace en notre cité, sera pieusement entretenus par vos soins.


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