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Lycée Anguier - Mémoire des soldats de ma commune
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Mémoire des soldats de ma commune par les élèves du lycée Anguier à Eu. Ce site reprend les travaux des élèves du Lycée Anguier sur les monuments aux morts des communes du canton d’Eu en Seine Maritime d’où sont originaires les élèves. Ces recherches ont été réalisées sous la direction de Laurent Llopez, professeur d’histoire-géographie au lycée.

La visite des conscrits tréportais de la classe 1922 au nouveau monument aux Morts

Pour la 1ère fois, la visite des conscrits tréportais au cimetière rend hommage au nouveau monument aux Morts.


par Laurent Llopez

Quand les conscrits tréportais vont rendre hommage aux souvenirs des anciens, symbolisés par les monuments aux Morts.

2 mars 1922, N°18 du Messager Eudois

LE CONSEIL DE REVISION

Les opérations du Conseil de révision, qui se sont déroulées vendredi dernier à Eu, ont été, pour la classe 22 du Tréport, l’occasion de manifestations touchantes et patriotiques.

Réunis à 6 h. 30, au Café des Pécheurs, ils se rendirent, drapeau en tête, clairons sonnant, tambour battant, au cimetière, où ils s’arrêtèrent au pied du monument.

M. Ternisien, maire du Tréport, toujours présent là où il y a un devoir à remplir, un dévouement à manifester, était avec nos jeunes gens.
Une couronne fut déposée au pied du chef-d’œuvre de Réal del Sarte, et M. Robert Cointrel, président de la classe 22, prit la parole en ces termes :

Messieurs,

Mes chers camarades,

Fidèles à une vieille coutume tréportaise, nous venons aujourd’hui, en ce champ de repos apporter un pieux hommage de notre reconnaissance à la mémoire de nos frères tombés pour défendre notre pays. Nous venons aussi, au seuil d’une vie nouvelle, leur demander quelques conseils.

Hier encore, qu’étions nous ? Des enfants. Aujourd’hui, nous sommes des hommes, bientôt nous serons des soldats, puis des citoyens.

Hier encore, nous étions l’insouciance, l’inconscience ; aujourd’hui, nous connaissons notre responsabilité, nos actions ont un sens et nous allons avoir bientôt à remplir des devoirs que nous ne connaissons pas. Et ces devoirs ! qui dont pourrait mieux nous les enseigner que ceux dont les noms figurent sur la pierre de ce mausolée ?

Ils étaient, à la veille de la guerre, ce que nous sommes aujourd’hui : des employés, des ouvriers. Mais, lorsque le 4 août 1914, le tocsin s’élança du haut du haut du clocher de notre vieille église, ils furent tous debout, ayant déjà fait le sacrifice de leur vie pour empêcher la force teutonne de violer le droit des peuples.

Et maintenant, mes chers Camarades, que ceux là qui sont morts soient pour nous tous un exemple. Comme eux, soyons des soldats obéissants, disciplinés et jurons tous sur ce monument que si un jour notre pays est menacé, nous saurons, comme eux, faire le sacrifice de notre vie pour défendre notre belle France et maintenir toujours le Droit au dessus de la Force !

M. le Maire répondit à ce discours en ces termes :
Discours de M. Ternisien

Mes chers Amis,

C’est une bonne et touchante pensée que vous avez eu au matin du Conseil de Révision, d’accomplir ici ce pieux pèlerinage. Et je vous remercie de votre aimable invitation. Bien volontiers j’y réponds, et bien volontiers je vous apporte l’hommage de la ville du Tréport.

Elle est touchante, en effet, votre manifestation au cimetière de la ville natale ou d’adoption où vous venez, - pour ainsi dire-, puiser force, courage et exemple auprès de ceux qui vous ont précédés dans la tombe, auprès de ceux qui furent ici bas vos guides et vos soutiens et qui vous aident encore de leur fécond souvenir.

Elle est touchante surtout, parce qu’elle veut être un hommage rendu aux grands et glorieux morts que nous pleurons tous, que nous avons bien connus et qui sont vos aînés de quelques années seulement.

Ce monument, mes chers amis, a été élevé par la reconnaissance et l’admiration de toute la cité. Il possède un langage et vous l’écouter. Il vous rappelle les longs sacrifices consentis à la Patrie. Il vous redit l’héroïsme et les souffrances de vos devanciers. Et, par votre présence, il me semble que vous répondez à cette voix d’outre-tombe, affirmant que vous serez dignes d’eux, que vous accepterez sans récrimination le sort qui va vous être fait.

Ne les oubliez jamais, mes chers amis, ces leçons des héros de la Grande Guerre. La discipline, l’affection mutuelle, la concorde surtout, voilà de quoi elles sont faîtes. Voilà ce qu’ont pratiqué les martyrs du champ de bataille. Voilà ce qui a assuré la victoire ; voilà seulement ce qui assurera et fortifiera la paix.

Encore une fois, merci, mes chers amis. Je salue votre drapeau et, avec vous, je répète : « Vive la France ! Vive le Tréport ! Et vive la classe 22 !

Après ce discours, les jeunes gens se rendirent au monument de 1870, où une palme fut déposée. Et M. Jean Masson prononça le discours suivant :

Mes chers camarades,

Devant le monument qui s’élève au milieu du cimetière communal, monument élevé à la mémoire des enfants du Tréport morts pour la France pendant la grande tourmente dernière, les conscrits tréportais se sont respectueusement inclinés et, par la voix de leur président, ont juré à leurs aînés de suivre la trace glorieuse qu’ils leur ont indiqués.

Nous n’aurions garde cependant d’oublier nos anciens, qui, lors de l’invasion allemande en 180-71, surent opposer à l’ennemi victorieux leur vaillance française et arrêter, sinon briser, les hordes sauvages qui se répandaient sur notre territoire.

Ce mausolée que nos pères ont élevé à la mémoire des Anciens Combattants de 1870-71, mérite que les soldats de demain viennent y puiser un peu de cette force morale et de cette volonté tenace qui furent l’apanage du soldat français.

Ne vous souvient-il pas, mes chers Camarades, avoir entendu, au cours de nos veillées familiales, maintes anecdotes que nous relataient nos parents et ses récits n’étaient-ils point le reflet de ce que nos aïeux avaient fait, et avaient accompli dans la défense de la patrie en danger ?

Ils furent vaincus, peut-être par le nombre, mais ils furent les artisans de la victoire de 1918 et le sacrifice de leur vie ne fut pas un vain mot.
Cela, nous ne l’oublierons jamais.

Tout à l’heure, la Patrie va nous demander notre jeunesse et, imitant l’exemple de nos devanciers de 1870-71, de nos aînés de 1914-18, nous saurons sans récrimination aucune, répondre « Présent » !

Et maintenant, mes chers camarades, inclinons nous une fois encore devant le mausolée des Anciens Combattants et d’un même élan, puis d’un même cœur, crions : « Gloire à nos aïeux ! Vive la Classe 1922 ; Vive le Tréport ! Vive la France immortelle ! »

M. Robert Cointrel prononça enfin ces quelques mots :

Monsieur le Maire,

Au nom des jeunes gens de la classe 1922, je vous remercie de l’honneur que vous nous avez fait en nous accompagnant dans notre manifestation ; nous n’oublierons jamais l’intérêt bienveillant que vous nous avez témoigné et nous vous promettons de nous conduire en bons Français, afin d’être dignes de nos glorieux aînés et des hauts exemples qu’ils nous ont donnés.

Puis la « classe » se rendit à Eu, où se déroulèrent les opérations du Conseil.
Il est inutile d‘ajouter que la journée se passa gaiement, à la française !


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