Le Messager Eudois du 2 mars 1922, N°18, fait le compte rendu de cette tradition pour les conscrits de la classe 1922.
Vendredi dernier, ainsi que nous l’avons relaté, ont eu lieu les opérations du conseil de révision. Le matin, les conscrits se formèrent en cortège, et accompagnés par M. Paul Bignon, maire-député ; M. le Commandant Perrot, et diverses notabilités, se dirigèrent vers le cimetière, pour commémorer, selon la noble tradition, l’hommage de nos glorieux morts.
Au cimetière, devant le monument des Anciens Combattants de 1870-71, M. Gaudry, au nom de ses camarades, prit la parole en ces termes.
Messieurs,
Fidèles à la tradition créée par leurs devanciers, les conscrits de la classe 1922 ont voulu commencer la journée qui marque la première étape de leur service militaire par une visite au cimetière, pour venir apporter une couronne, symbole de souvenir, au Monument des héros morts pour la France.
Nous avons tenu à notre tour à venir nous incliner respectueusement devant le nom des morts de 1870-1871, que rappelle ce monument et saluer également les héros de la Grande Guerre de 1914-1918, ceux qui reposent dans ce coin de cimetière ou dans leur sépultures familiales, comme ceux qui sont encore dans les cimetières du front.
Nous sommes encore trop près de ces heures tragiques de la guerre, pour en avoir oublié les angoisses et les deuils, mais nous conserverons en même temps le souvenir de ses gloires et de la Victoire finale réalisée par l’endurance et la bravoure de nos pères et de nos frères.
Leur exemple restera à jamais gravé dans nos mémoires : il sera pour nous un précieux enseignement, u sérieux réconfort ; et, si jamais la Patrie faisait appel à nous pour la défendre, nous saurions à notre tour être dignes des héros que nous saluons aujourd’hui et dignes de la Ville qui les honore en toutes circonstances.
Vive la ville d’Eu !
Vive la France ! »
Puis une palme est déposée au pied du monument.
A son tour, M. Paul Bignon prend la parole. Il remercie tout d’abord les jeunes conscrits de la classe 1922 d’avoir, comme leurs aînés, accompli ce pieux pèlerinage sur la tombe des soldats morts en 1870 et pendant la Grande Guerre.
Puis il rappelle le souvenir de toutes ces classes 1915, 1916, 1917, 1918, qui, successivement, sont venues sur les tombes des soldats morts, comme sur l’autel de la justice jurer de servir fidèlement leur pays.
L’orateur annonce aux jeunes gens qui l’écoutent, qu’avant peu le Parlement aura réduit à 18 mois le service militaire, qui est encore actuellement de trois années, et il a le ferme espoir que le pays ne sera pas obligé de faire appel à leurs armes, mais il sait aussi que s’ils étaient appelés à défendre la Patrie, ils le feraient avec le même courage et le même esprit de sacrifice que ceux qui les ont précédés dans la carrière.
En terminant, il engage les jeunes conscrits, lorsqu’ils seront incorporés, à bien servir, à respecter leurs chefs qui sortent comme eux des rangs de la Nation, et d’être fidèles au drapeau qui représente pour les bons Français, les idées d’honneur, de civilisation et de liberté.
M. le Commandant Perrot prononce ensuite le discours suivant :
"Mes chers petits Camarades,
Au moment de naître à la vie militaire, dont le Conseil de révision est la première manifestation, un geste de piété envers vos anciens de 1914-1918 et vos grands anciens de 1870 vous conduit ici en pèlerinage.
Cette tradition, que respecte chaque classe de conscrits, indique de votre part le désir sacré de marcher fidèlement dans les traces de vos aînés ; à ceux qui sont morts pour sauvegarder votre patrie, vous venez dire : « reposer en paix, votre magnifique sacrifice ne sera pas inutile, nous sommes venus ici « pour prendre la consigne », vous affirmer que nous demeurerons fidèles à votre exemple et que nous poursuivrons votre œuvre ».
Demain vous serez soldats, et comme vos pères, vous ferez tout votre devoir ; il sera peut-être pénible à accomplir, le sac sera lourd, la marche sera longue ; pensez à vos anciens qui devaient au bout de la marche, combattre et… mourir.
Nous ne sommes d’ailleurs pas inquiets. N’êtes-vous pas nés au milieu des traditions ; nous avons eu l’honneur depuis trois ans de commander à des Normands et nous avons admiré chez eux leur bon esprit, leur discipline et ce merveilleux entrain qui est la plus belle qualité du soldat français.
Soyez les bienvenus dans notre grande famille ; nous serons fiers de vous instruire et de vous commander comme nous avons été fiers de conduire vos aînés à la bataille."
Et la cérémonie s’achève. Les conscrits se rendent alors à la Mairie, où a lieu le Conseil de révision.