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Lycée Anguier - Mémoire des soldats de ma commune
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Mémoire des soldats de ma commune par les élèves du lycée Anguier à Eu. Ce site reprend les travaux des élèves du Lycée Anguier sur les monuments aux morts des communes du canton d’Eu en Seine Maritime d’où sont originaires les élèves. Ces recherches ont été réalisées sous la direction de Laurent Llopez, professeur d’histoire-géographie au lycée.

Les obsèques des Morts pour la France eudois de la 1ère Guerre Mondiale. (MAJ 27/2/2011)

Les obsèques des Eudois Morts pour la France pendant la 1ère Guerre Mondiale, à partir des articles parus dans le "Messager eudois". Guons Gaston, Lemoine Henri et Dufort Charles, MERCIER Arthur, DEJARDIN Eugène et du caporal TOUZET Paul, Bovin Achille, Guillot Abel et Boutté Emile.


par Laurent Llopez

Pendant la 1ère Guerre Mondiale, rares furent les inhumations de soldats Morts pour la France dans leurs communes d’origines. Le plus souvent, les soldats étaient inhumés dans des cimetières improvisés près du front ou dans des ossuaires. Après guerre, les familles des défunts purent faire rapatrier les corps après identifications formelles.

1921

Obsèques du caporal Guons

Messager eudois, N°38 du 12 mai 1921

Lundi ont eu lieu, au milieu d’une très grande affluence de population, les obsèques du caporal Guons, Mort pour la France, ramené du front pour reposer dans le cimetière de notre ville.

Dans l’assistance, on remarquait M. Paul Bignon, député-maire, de nombreux conseillers municipaux et notables de la ville, des délégations des Mutilés, de l’Amicale des Soldats de la Grande Guerre, des Anciens Combattants de 1870-71, de la Musique municipale, de la Société de Secours Mutuels, des Dames Françaises, des enfants des écoles, etc., etc…
Les soldats de la garnison, dont un piquet d’honneur encadrait le cercueil.

A l’église, aucune tenture noire, mais la décoration qui avait servi la veille pour la fête de Jeanne d’Arc, ce qui cadrait bien pour rendre hommage au soldat mort pour la France.

Après l’office, M. le Doyen, en termes émus, remercia, au nom de la famille, les autorités, sociétés et habitants qui avaient tenu à s’associer au deuil de la famille de ce brave.

Au cimetière, après les dernières prières, M. Paul a, dans une improvisation émouvante, salué le jeune caporal Gaston Guons, qui revenait dans sa ville natale, enveloppé dans les plis du drapeau tricolore.

Jamais ne s’éteindra, dit-il, la reconnaissance que nous devons à tous nos héros, à ceux qui ont sauvé l’honneur et l’indépendance de notre Patrie.
En terminant, M. le Maire affirme que la mémoire de tous ces jeunes héros ne périra jamais dans le souvenir des hommes.

Puis la foule est ensuite allée saluer les parents.

Nous renouvelons à M. et Mme Guons et à la famille nos biens vives sympathies.

1922

Obsèques du soldat Henri LEMOINE et du caporal-aviateur Charles DUFORT

Le Messager Eudois, 26 février 1922, N°17

Inhumation de deux soldats ramenés du front

Lundi prochain, 27 février, auront [lieu ?] les inhumations de :
M. Lemoine Henri, soldat au 239ème régiment d’infanterie, décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre.

Et de M. Dufort Charles, caporal aviateur au 2ème groupe d’aviation, décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre.

(ramenés du front)

La levée des corps se fera en gare d’Eu la Chaussée à 3 heures de l’après-midi.

Des délégations de la Municipalité, du Conseil municipal et de la garnison assisteront à ces convois et inhumations, et elles invitent les sociétés locales et la population à se joindre à elles.

Le Maire-Député : Paul Bignon.

Le Messager Eudois, 2 mars 1922, N°18

Obsèques de deux soldats

Lundi après midi, ont eu lieu les obsèques de deux soldats ramenés du front ; le soldat Henri LEMOINE et le caporal-aviateur Charles DUFORT.

A trois heures, le clergé fit la levée des corps à la gare et le cortège se mettait en route pour le cimetière.

Les deux chars, dont les cercueils étaient recouverts du drapeau tricolore, étaient encadrés par un piquet de soldats de la garnison.

Dans l’assistance, nous avons remarqué la présence de M. Paul Bignon, député-maire ; MM. Rimbert, Raoul Harel, G. Grandsaire, E. Grandsert, Doublet, conseillers municipaux ; Galy, ancien adjoint ; Danne, secrétaire de mairie ; les Anciens Combattants de 1870-71 avec leur drapeau ; l’Amicale des Combattants de la Grande Guerre, également avec leur drapeau ; une délégation des Dames Françaises, ayant à sa tête Mme Paul Bignon, présidente.

Au cimetière, les deux cercueils furent déposés au pied du monument des Anciens Combattants et après les dernières prières liturgiques, M. Paul Bignon prit la parole en ces termes :

Discours de M. Paul Bignon

Au nom de la cité eudoise, je m’incline avec émotion devant les cercueils de ces vaillants enfants, Henri Lemoine et Charles Dufort, Morts pour la Patrie.
Elèves, l’un de notre Collège, l’autre de notre école communale, ils avaient grandi dans notre ville. Ils appartenaient à cette pléiade de jeunes français qui, répondant à l’appel du Pays, s’étaient dressés dans un élan sacré et avaient été prêts dès le premier jour, au sacrifice, à la mort et à la victoire.
Henri Lemoine, parti à la mobilisation, avait immédiatement reçu le baptême du feu. Il tombait en octobre 1915, mortellement blessé et méritait de ses chefs la belle citation suivante :

« Brave soldat, a toujours fait vaillamment son devoir. Mortellement blessé au cours devant Vimy. »

Henri Lemoine recevait du ministre de la Guerre la Médaille militaire et la Croix de guerre.

Sur le front, il avait suivi les enseignements des maîtres de notre collège, qui lui avaient appris qu’il n’était pas de Patrie plus belle que le nôtre et qu’aux heures de danger, il fallait la défendre au prix de sa vie.

Charles Dufort était élève de notre école communale, et ses maîtres lui avaient également appris à bien aimer son pays.

Se destinant à l’enseignement, il était parti dans la province Rhénane pour apprendre la langue allemande et dès la fin de juillet, sous des prétextes divers, ce qui prouve bien la préméditation des Allemands, il avait été arrêté et jeté dans la forteresse d’Ehrenbreitstein, à Coblence ; mais il ne pouvait supporter sa captivité et bientôt il s’enfuyait pour venir servir son pays.

Voici du reste une partie des nobles paroles que prononçait sur sa tombe, le Capitaine de l’Escadrille 236, au jour de ses obsèques :

« Quelques jours avant la déclaration de guerre, les Allemands, invoquant le prétexte d’espionnage, le mettaient en cellule, et pendant plusieurs mois, il connut toutes les angoisses, les souffrances de la plus dure captivité.

Bravant la mort, il s’enfuit et rentre en France. Il pouvait prétendre alors à un poste, qui l’eût tenu loin des lignes, loin des risques et des batailles, mais sa haute conscience du devoir lui interdisait de pareils marchés.

De tels hommes ont une haute mentalité et c’est parmi les combattants qu’ils réclament leur place, et c’est parmi les vaillants de l’aviation que Dufort obtenait la sienne.

Il n’ignorait certes pas les dangers qu’il courait, mais pilote aussi fin qu’adroit, nous pouvions penser que, seuls, les hasards des combats décideraient de son sort. Mais il semble que la fatalité s’acharne sur les mêmes hommes et les poursuive jusqu’au bout.

C’est au retour d’une mission, dans un accident banal, parce que trop souvent répété, dans un atterrissage, par une manœuvre instinctive et malheureusement toujours fatale qu’il a trouvé la mort.

Ce n’est certes pas celle qu’il avait rêvée, ce n’en est pas moins la mort d’un brave et digne compagnon ; il a donné sa vie pour la Patrie de tout son cœur et sans hésitation ».

C’est à la suite de cet accident fatal que le caporal Charles Dufort recevait la Médaille militaire et la Croix de guerre avec palme, avec la citation suivante :
« Gradé d’une haute valeur morale et d’un courage à toute épreuve, a montré dans des circonstances difficiles, une énergie et un sentiment du devoir dignes des plus grandes éloges. A été grièvement blessé au retour d’une mission de guerre. »

Quel deuil, mais quelle fierté pour les familles Lemoine et Dufort ; quelle fierté pour notre Ville d’avoir donné au pays de tels héros.

En rendant hommage à ces deux braves enfants de notre ville, nous rendons hommage en même temps à la mémoire de ces officiers, sous-officiers et soldats, morts pour la Patrie, et qui nous reviennent chaque jour enveloppés dans les plis du drapeau tricolore.

C’est à ceux-là, en effet, que doivent aller nos pensées, notre éternelle reconnaissance, la fierté de notre souvenir.

Leur mémoire nous sera toujours sacrée. Une sorte d’anonymat glorieux couvre leurs hauts faits comme le voile de la déesse antique couvrait les vertus sublimes, mais, que leurs noms soient plébéiens ou aristocratiques, obscurs ou brillants, ils seront inscrits sur ce Livre d’Or dans lequel les générations futures viendront raffermir leur foi en elles-mêmes, dans les heures de tristesse ou de défaillance, viendront aussi chercher un sujet permanent d’espérance patriotique et de fierté nationale.

Leur simple histoire est une magnifique épopée ; non seulement ils ont assuré la victoire finale et défendu la cause du droit, de la justice et de la liberté, mais ils ont encore proclamé silencieusement par l’unanimité et la beauté de leur sacrifice, la nécessité de l’union sacrée qui, aussi bien devant l’ennemi qu’à l’arrière, a assuré le succès de nos armes.

Gloire à ces vaillants Eudois, le caporal Dufort et le soldat Lemoine.

Vos noms, mes chers Enfants, ne seront jamais oubliés, et bientôt ils brilleront en lettre d’or sur le Monument, que la piété filiale des habitants de cette ville va bientôt ériger sur l’une des places publiques de la Cité.

Adieu, chers petits soldats, au nom de votre ville natale, adieu ! »

M. Fleury-Coquerelle, au nom de l’Amicale, dit à son tour un dernier adieu à la mémoire de ces deux braves :

Mesdames, Messieurs,

Mes chers Camarades,

L’Amicale des Combattants de la Grande Guerre du canton d’Eu, suivant la tradition qu’elle s’est imposée lors de sa création et par reconnaissance pour ses glorieux camarades tombés au champ d’honneur, s’est fait un impérieux devoir de venir saluer, à leur retour dans notre ville, les dépouilles de leurs camarades tombés au champ d’honneur : le soldat Lemoine Henri et le caporal aviateur Dufort, dont on vous a retracé les glorieux faits de guerre.
Au nom de l’Amicale toute entière, je m’incline donc respectueusement devant vos cercueils et je vous adresse un suprême et dernier adieu.

Dormez en paix, chers camarades, vous rentrez aujourd’hui dans l’immortalité, vos noms resteront d’abord gravés dans nos cœurs et ensuite sur un monument destiné à la postérité que les générations futures entretiendront aussi pieusement que nous-mêmes.

Soldat Lemoine, caporal Dufort, braves soldats morts pour la France, Adieu ! »
L’assistance présenta ensuite ses sympathies aux deux familles éplorées, auxquelles nous renouvelons nos bien sincères condoléances.

27 avril 1922, N°34

Obsèques de MERCIER Arthur, DEJARDIN Eugène et du caporal TOUZET Paul

Inhumation de soldats ramenés du front

Vendredi prochain, 28 avril, à 9 heures du matin, aura lieu l’inhumation de :

  • Mercier Arthur, soldat au 119ème régiment d’Infanterie ;
  • DEJARDIN Eugène, soldat au 319ème régiment d’Infanterie, médaille militaire et croix de guerre,
  • Et Touzet Paul, caporal au 74ème régiment d’Infanterie, ramenés du front.

La levée des corps se fera en gare d’Eu-la-Chaussée, à neuf heures précises.
Des délégations de la Municipalités, du Conseil municipal et de la garnison assisteront à ces convoi, service funèbre et inhumation, et elles invitent les sociétés locales et la population à se joindre à elles.

Le Maire-Député,

Chevalier de la Légion d’honneur,

Paul BIGNON.

AVIS D’INHUMATION

Les familles Mercier Hyacinthe, Touzet Julien et Dégardin Gustave prient leurs amis et les personnes de leur connaissance de bien vouloir assister aux Convoi, Service et Inhumation de leurs Fils, Morts pour la France, ramenés du front, qui auront lieu à Eu, Vendredi prochain, 28 Avril.

La levée des corps aura lieu en garde d’Eu-la-Chaussée, à 9 heures précises du matin.

30 avril 1922, N°35

Inhumation de trois soldats ramenés du front

Hier a eu lieu, ainsi que nous l’avions annoncé, l’inhumation des soldats MERCIER Arthur, du 119ème R.I. ; DEGARDIN Eugène, du 319ème R.I., médaille militaire et croix de guerre, et du caporal TOUZET Paul, du 74ème R.I., ramenés du front.

La réunion était fixée à la gare, où s’était rendue une foule nombreuse de parents et d’amis. La wagon contenant les trois cercueils avait reçu un décor funèbre ; devant lui se tenaient les trois familles.

La levée des corps fut faite par M. le Chanoine Legris, aumônier de l’hospice, remplaçant M. le Doyen, empêché.

Le cortège funèbre se mit en marche dans l’ordre suivant :

  • 1° le corps du jeune Arthur Mercier, les cordons tenus par 4 membres de l’Amicale des Combattants de la Grande Guerre ;
  • 2° celui du soldat Dégardin, les cordons tenus par quatre sapeurs-pompiers ;
  • 3° celui du caporal Touzet, les cordons tenus par quatre membres de la Société de Secours mutuels.

Les cercueils étaient recouverts du drapeau tricolore et chaque famille suivait respectivement la glorieuse dépouille de celui lui appartenant. Un piquet de soldats en armes escortait les chars.

Derrière ce triple cortège, remarqué : MM. Lavernot et Morin, adjoints au maire ; Leconte, Rimbert, Médrinal, Doublet, Grandsaire, Harel, Dumont, Legai, Grandsert, Flamand, conseillers municipaux ; M. le Capitaine Cante, représentant M. le Commandant d’armes ; l’Association des Anciens Combattants de 1870-71, conduite par M. Sinoquet, président ; l’Amicale des Combattants de la Grande Guerre, ayant à sa tête MM. Sonnet, président, et Gautier, vice-président –ces deux sociétés précédés de leur drapeau - ; les Anciens Combattants Belges ; une délégation des Sapeurs-Pompiers, avec MM. Becquet, capitaine, Leroy, lieutenant, Duval, sous-lieutenant ; l’Association des Dames Françaises, ayant à sa tête Mme Paul Bignon, présidente ; une délégation de la Société de Secours Mutuels, conduite par M. Flamand, secrétaire, etc…

Au cimetière, où les honneurs militaires furent rendus par les soldats de l’escorte, les trois cercueils furent placés côte à côte au pied du monument des anciens de 1870, les drapeaux de chaque côté.

Après les dernières prières, M. Morin, après avoir excusé M. Paul Bignon, maire, de ne pas être présent à cette cérémonie, étant retenu à Rouen par la cession du Conseil général, a prononcé le discours suivant :

Mesdames, Messieurs,

Trois enfants de la ville d’Eu reviennent aujourd’hui dans la cité de leur enfance qu’ils avaient quittée pleins de leur jeunesse et d’ardeur, voici déjà plusieurs années et qu’ils ne devaient, hélas ! jamais revoir.

Arthur Mercier, de la classe 13, faisait son service militaire actif au 119ème d’infanterie, quand la guerre éclata. Parti dès le premier jour, il disparaissait le 23 août en Belgique, près de Charleroi, et l’on resta sans nouvelles de lui jusqu’après l’armistice.

Paul Touzel, plus âgé, était de la classe 1905, caporal réserviste au 74ème d’infanterie, mort des suites de ses blessures dans une ambulance, à Acq, en novembre 1915.

Eugène Dégardin, classe 1910, du 319ème d’infanterie, également mort à Acq, des suites de ses blessures, quelques mois auparavant, en mai 1915.

Du coin de Belgique, où le premier resta si longtemps abandonné, de ce village d’Acq, que nous avons presque tous connu, à la veille ou au lendemain des attaques de Neuville-Saint-Vaast, et où restèrent plus de six ans les deux autres, les voici revenus en ce jour, auréolés de la gloire des victimes de la Grande Guerre.

Tous trois, fantassins de ce 3ème Corps d’armée qui nous est cher à tant de titres, et qui, dès les premiers mois de la guerre, eut à subir les formidables chocs de Charleroi, puis de la bataille d’Artois, tous trois ont attesté la vaillance, l’esprit de dévouement poussé jusqu’au sacrifice qui inspirait l’élite de ces corps normands qui ont fait l’admiration de tous.

Tous trois étaient nés dans cette ville, y avaient grandi, étaient bien connus de nous tous. Ils avaient pu rendre de signalés services en faisant partie des sociétés locales.

Tous trois, enfin, appartenaient à des familles justement estimées, dont les angoisses et les épreuves furent ininterrompues pendant la guerre, car chacune d’elles avaient plusieurs fils partis loin du foyer pour servir la patrie en danger.

Et maintenant, ils vont reposer dans ce coin de cimetière dévolu par la reconnaissance de la ville à ses enfants morts au Champ d’honneur, près de tant d’autres de leurs compagnons d’armes que chaque jour nous ramène, à la demande de leurs familles éplorées.

Devant ces cercueils, qui nous rappellent les heures douloureuses de la guerre, inclinons-nous bien respectueusement et n’oublions pas que ceux-là sont morts pour la plus noble des causes.

D’ailleurs, la foule nombreuse qui accompagne chaque fois nos morts glorieux à leur retour en notre ville, est un sûr garant de la pérennité de notre souvenir.

C’est la ville d’Eu tout entière qui est là : sa municipalité, ses édiles, ses fonctionnaires, ses sociétés, ce concours immense de population venue pour saluer les morts et apporter à leurs familles l’hommage ému du souvenir et de la reconnaissance.

Ensuite, M. le président Sonnet, au nom des Combattants, adressa un dernier adieu à ces braves, venus reposer dans notre cimetière.

Puis, la foule s’écoula, après avoir adressé un dernier témoignage de sympathie aux familles de ces héros. Pour notre part, nous les prions de recevoir ici nos sincères et vives condoléances.

Plaque émaillée de Paul Touzet

Obsèques de Bovin Achille, Guillot Abel et Boutté Emile

4 mai 1922, N°36

Inhumation de soldats ramenés du front

Demain jeudi, 4 mai, à 9 heures du matin, aura lieu l’inhumation de :

  • BOVIN Achille, soldat au 10ème régiment d’artillerie à pied.
  • GUILLOT Abel, soldat au 3ème régiment bis de zouaves, décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre.
  • BOUTTE Emile, soldat au 17ème régiment d’infanterie, décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre,

Ramenés du front.

La levée des corps se fera, en gare d’Eu-la-Chaussée, à 9 heures précises.
Des délégations de la Municipalité, du Conseil municipal et de la garnison assisteront à ces convoi, service funèbre et inhumation et elles invitent les sociétés locales et la population à se joindre à elles.

Le Maire-Député,

Chevalier de la Légion d’Honneur,

Paul BIGNON.

AVIS D’INHUMATION

Les familles Bovin Achille, Guillot Emile et Boutté Emile prient leurs amis et les personnes de leur connaissance de bien vouloir assister aux convoi, service funèbre et inhumation de leurs mari et fils, Morts pour la France, ramenés du front, qui auront lieu à Eu, demain Jeudi, 4 mai.
La levée des corps aura lieu en gare d’Eu-la-Chaussée, à 9 heures précises du matin.

7 mai 1922, N°37

Inhumation de soldats ramenés du front

Jeudi matin, a eu lieu la levée des corps, le service funèbre et l’inhumation des soldats BOVIN Achille, GUILLOT Abel et GOUTTE Emile, ramenés du front.

Les honneurs militaires ont été rendus à la gare d’Eu-la-Chaussée par un piquet en armes du C.R.I.R.P.

Derrière les trois corbillards, que suivaient immédiatement les membres des familles, venait une très nombreuse assistance, dans laquelle on remarquait la présence de M. Paul Bignon, député ; Lavernot et Morin, adjoints ; Dumont, Legai, Flamand, Duchaussoy, Emile Grandsert, conseillers municipaux ; M. le capitaine Hirtzelberger, représentant M. le Commandant d’armes ; des délégations des Dames Françaises, de la Société des Anciens Combattants de 1870-71, de l’Amicale des Anciens Combattants de la Grande Guerre, de l’Association des Anciens Combattants belges, de l’Union des Mutilés, de la Compagnie des Sapeurs-Pompiers, dont faisait partie le soldat Bovin, de la Société de Secours Mutuels d’Eu, etc…

Au cimetière, M. Paul Bignon a prononcé le discours suivant :

« Je viens aujourd’hui, au nom de la Ville d’Eu, saluer, après tant d’autres, hélas ! la dépouille mortelle de trois héros morts pour la France, les soldats Bovin, Guillot et Boutté.

Le premier, Achille Bovin, de la classe 1895, était ouvrier menuisier. Marié, père de quatre enfants, il était soldat au 10ème régiment d’artillerie à pied, quand il fut tué pour la France, par une bombe d’avion, le 12 avril 1917, à Baroches dans l’Aisne.

Le second, Albert Guillot, de la classe 1912, était célibataire et ouvrier verrier. Il appartenait au 3ème régiment bis de zouaves. Il tombait pour la France à Fismes, dans la Marne, en septembre 1918, d’une balle dans la tête, au moment d’une attaque. Il était déjà soldat quand la guerre fût déclarée. Guillot était titulaire de la Médaille militaire et de la Croix de guerre.

Emile Boutté appartenait à la classe 1918. Il était célibataire et travaillait dans une maison de commerce de notre ville. Il tombait pour la France, un mois avant l’armistice, en octobre 1918, à Sommepy, dans la Marne. Il recevait, dans une attaque, un éclat d’obus dans la tête.
Partis en mars 1917, Boutté avait la Médaille militaire et la Croix de guerre.

C’est avec une émotion profonde que je m’incline respectueusement devant les corps de ces vaillants soldats, enveloppés aujourd’hui dans les plis du drapeau tricolore.

Saluons bien bas ces nobles enfants tombés face à l’ennemi pour défendre l’honneur et l’indépendance de leur pays.

Si dans le ciel se lèvent maintenant des étoiles nouvelles, c’est que le peuple des tranchées a su préserver des coups de la horde barbare le cœur même de la Patrie, c’est que le Poilu a veillé dans la boue et dans la nuit, sous la pluie de fer et de feu, patient, tenace, rivé à son créneau. C’est que, dévoué et héroïque, il s’était pour ainsi dire incorporé au sol même de la Patrie. C’est que, sorti de l’enfer pour quelques heures, il y retournait le lendemain parce que c’était le devoir. Souffrances physiques, souffrances morales, il puisait la force de tout endurer dans la volonté de vaincre et la certitude de la victoire.

Ainsi, chers soldats, votre mémoire sera sacrée. Vos noms seront inscrits sur les monuments, où les générations futures viendront chercher un sujet permanent d’espérance patriotique et de fierté nationale, où elles viendront retrouver cette âme ardente et noble de la France, que baignent des siècles de la plus belle de toutes les histoires.

Nos soldats ont répandu leur sang à profusion pour la défense du pays. Non seulement ils ont affirmé la victoire de la plus noble des causes, mais, par leur exemple, ils ont proclamé la nécessité de cette amitié et de cette fraternité françaises qui, dans la guerre, a assuré le succès de nos armées et dans la paix assurera aussi le succès de nos efforts.

Que les partis restent animés du même esprit de concorde française.

L’exemple de cette union des classes et de cet accord fraternel nous a été légué par ces admirables soldats de la République, dont nulle parole ne saurait dire la vaillance et l’effort libérateur.

Adieu, chers enfants, bientôt vos noms, resplendissants, seront gravés dans le marbre du Monument, que la population eudoise va élever sur une place de la ville.

Et au jour de l’inauguration, dans une fête à la fois grave et comme religieuse, parce que l’image de la Patrie sera au milieu de nous, nous acclamerons vos noms.

En vous levant pour la défense du pays, vous avez, en effet, sauvé la Liberté du monde et la Civilisation.

Dans votre ville, qui va recueillir et conserver pieusement vos cendres, chers soldats, si simples, si braves, si grands, il y aura toujours un peu de votre âme héroïque.

Chers enfants, adieu !

Puis, M. Morin, vice-président de l’Amicale des Soldats de la Grande Guerre, prit la parole au nom de cette société pour adresser un dernier adieu aux trois soldats ramenés en notre ville et présenter les respectueuses condoléances de la société aux trois familles éprouvées.


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