Le Tréport : Obsèques de trois soldats du Tréport.
N°25 27 mars 1921
Le Tréport a fait aux trois soldats, ramenés du cimetière où leurs corps reposaient provisoirement, des obsèques touchantes et émouvantes.
M. le Maire avait demandé aux autorités de la gare, s’il leur serait possible de prêter un local pour la circonstance. Avec empressement, il fut répondu à sa prière. Et mercredi, dans la matinée, les corps étant arrivés la veille, à dix heures du soir, la chapelle ardente fut organisée par les soins de M. Roger et du personnel dévoué de la gare du Tréport.
A l’heure dite, -11 heures,- dans la cour de la gare, tout le monde est présent : M. Ternisien avec ses deux adjoints, le Conseil municipal, les Anciens Combattants avec leur président M. Vigné, et leur drapeau porté par M. Bouquillon ; les Mutilés, avec leur président M. Roger ; les jeunes gens de la classe 1921, la Musique Municipale, avec son président, M. Mon… et son chef M. Nyr ; MM. les fonctionnaires du Tréport et une foule considérable.
La Musique joue un morceau, puis, elle exécute la Marseillaise. Après quoi, M. le Maire prononce le discours qui suit :
Mesdames, Messieurs,
La guerre est finie. Et cependant, nous nous retrouvons rassemblés encore une fois autour de plusieurs de ses victimes, qu’elle fit si nombreuses, comme elle les trouva héroïques. Trois enfants du Tréport sont ramenés aujourd’hui, exhumés des nécropoles où ils trouvèrent un accueil momentané, pour venir dormir, -et pour toujours cette fois,- leur dernier sommeil en terre tréportaise.
Nous aurions voulu plus large encore l’hommage que nous leur rendons. Du moins, c’est avec tout notre cœur, toute notre gratitude, toute notre admiration que nous sommes venus les recevoir dans cette gare, d’où ils étaient partis si pleins d’ardeur et si confiant pour le grand devoir et le grand sacrifice. Et notre douloureuse fierté se mêle d’une indicible émotion quand nous nous inclinons devant leurs cercueils.
Louis Andréoni appartenait au 500ème régiment d’artillerie : c’est dans une ambulance du front qu’il succomba aux blessures reçues sur le champ de bataille.
Auguste-Arthur Maquenehen faisait partie du 3ème régiment de zouaves : mortellement atteint, il acheva le sacrifice suprême, lui aussi, dans une de ces formations sanitaires du front, qui virent tant de souffrances et tant de dévouements.
Auguste-Louis Chalvignac enfin, soldat au 106ème bataillon de Chasseurs à pieds, tomba sur le champ d’honneur le 11 juin 1918, devant Mortemer, dans le département voisin.
Chers enfants du Tréport, nous conserverons pieusement votre mémoire, qui sera donnée en exemple aux jeunes générations. Vous avez tout consenti, votre jeunesse, vos forces et jusqu’ votre sang pour la défense et l’honneur de la grande patrie et de la petite. La patrie et le Tréport ne vous oublieront jamais.
Quant à vous, parents éplorés, qui avez au moins la consolation de retrouver la chère dépouille des vôtres, je vous dis, au nom de la Ville tout entière, notre sincère et profonde sympathie.En terminant, je crois devoir vous rappeler que l’inhumation d’Auguste Maquenehen aura lieu dans quelques instants et les obsèques de ces deux camarades demain dans la matinée : Andréoni à 9 h. ½. et Chalvignac à 10 h. 1/2.
Je tiens également à remercier toutes les personnes qui se sont jointes au Conseil Municipal pour ce juste et touchant hommage, MM. les membres exécutants de la Musique ainsi que M. le Chef et le personnel de la Grae, dont le cordial empressement nous a permis de recevoir dignement ici nos chers et glorieux morts.
M. l’abbé Lanquetuit, curé du Tréport, fait ensuite la levée des corps. Celui d’Auguste Maquenehen est directement transporté au cimetière où sont récitées les dernières prières et où a lieu l’inhumation. Ceux d’Auguste Chalvignac et de Louis Andréoni sont déposés au domicile des familles où ils sont veillés toute la journée et toute la nuit.
Dans le même journal, article séparé sur les 2 autres poilus, les soldats Andréoni et Chalvignac.
Les obsèques des soldats Andréoni et Chalvignac ont été célébrés jeudi à 9 h.1/2 pour le premier et 10 h.1/2 pour le second, en l’église Saint-Jacques, où, dans la très nombreuse assistance, on remarquait M. Ternisien, maire, M. Laurent, adjoint, et plusieurs conseillers municipaux ; M. Vigné, président des Anciens Combattants, une délégation des Conscrits, une délégation de l’Association des Dames Françaises, etc.
Avant chaque absoute, M. le Curé prit la parole et rappela brièvement les qualités familiales et les vertus militaires des deux glorieux morts, les donnant en exemple à la jeunesse et réclamant pour eux les prières de tous.
Nous renouvelons aux familles de Louis Andréoni, Auguste Chalvignac et Auguste-Arthur Maquenehen, l’assurance de notre vive sympathie.
Obsèques du soldat Justinien-Marie Brémart
Dimanche 19 février, N°15
Demain dimanche, 19 février, à 8 H. 30 du matin, auront lieu en l’église Saint-Jacques du Tréport, les obsèques du soldat Justinien-Marie Brémart, dont le corps vient d’être ramené du front.
Engagé volontaire au 1er Bataillon d’Infanterie légère d’Afrique, décoré de la Croix de guerre et proposé pour la Médaille Militaire, Justinien Brémard est décédé à l’Ambulance d’Hermonville (Marne), le 2 novembre 1917, dans sa 22ème année.
Amicale des Anciens Combattants
Les Anciens Combattants sont invités à assister, demain dimanche, à 8 h. 15, avec leur drapeau et munis de leur insigne, à l’inhumation du camarade Brémard, du 1er bataillon de marche d’infanterie légère d’Afrique, ramené du front aujourd’hui samedi.
23 février, N°16
Dimanche matin ont eu lieu, en l’église Saint Jacques, les obsèques du soldat Justinien-Marie Brémart, ramené du front. A ces obsèques, assistaient une délégation de l’Amicale des Anciens Combattants, avec leur Président, et les membres du bureau. Le drapeau était porté par M. Cappe.
Obsèques du soldat Edouard Désenclos
26 février 1922, N°17
Lundi, 27 février, à 11 heures du matin, aura lieu, au cimetière du Tréport, l’inhumation de M. Edouard Désenclos, soldat au 16ème régiment territorial d’infanterie, décoré de la Croix de guerre, mort pour la France, à Doullens (somme), à l’âge de 42 ans.
Le convoi partira de la gare du Tréport à 10 h. 30.
Obsèques de deux soldats, Paul PAQUET et Edouard DESENCLOS.
2 mars 1922, N°18
A onze heures, lundi matin, avaient lieu, au milieu d’un grand concours de population, les obsèques de deux soldats ramenés du front : Paul PAQUET, ancien ouvrier à l’Imprimerie du Réveil d’Eu et du Tréport, soldat au 274ème régiment d’Infanterie et Edouard DESENCLOS, soldat au 16ème régiment territorial.
Avant la levée des corps, qui étaient exposée dans une des salles de la gare, et aussitôt que la Musique municipale eut exécutée un morceau de circonstance, M. Ternisien, maire, salua les dépouilles de ces deux enfants du pays en ces termes.
« Mesdames, Messieurs,
C’est avec un profond sentiment de tristesse que nous sommes encore réunis en ce lieu, pour rendre les derniers hommages au soldat Edouard-Jean-Baptiste Désenclos, du 16ème régiment territorial, blessé le 8 septembre 1914, au combat d’Hannescamp, mort des suites de ses blessures, à l’Hôpital civil de Doullens, le 3 janvier 1915, décoré de la Croix de Guerre, et au soldat Paul-Alfred Paquet, du 274ème régiment d’Infanterie, tombé au champ d’honneur le 23 septembre 1915, à Neuville Saint Vaast, à l’âge de 30 ans, décoré lui aussi de la Croix de guerre.
Nous aurions voulu plus larges encore ces hommages. Du moins, c’est avec toute notre admiration et toute notre reconnaissance que nous nous inclinons devant leurs cercueils.
Chers morts, une indicible émotion se mêle à notre douleur, en voyant vos dépouilles héroïques recouvertes de l’emblème national que vous avez tant aimé et pour lequel vous avez fait le sacrifice de votre vie.
Depuis 7 ans déjà vous dormiez votre dernier sommeil dans les nécropoles du front. Vous allez, dans peu d’instants, le dormir à jamais en terre tréportaise, au pied du monument qui rappellera aux générations à venir votre héroïque sacrifice, ainsi que celui de vos camarades.
Nous ne pouvons que redire à vos familles ce que nous avons dit à celles qui les ont devancées ici pour un même et pénible devoir.
Plus heureuses que beaucoup d’autres, elles auront au moins la douce consolation de fleurir vos dépouilles en y venant pleurer et prier.
Chers et grands morts, nous conserverons pieusement votre souvenir et vos exemples, et nous renouvelons devant vos cercueils la promesse de ne vous oublier jamais !
Parents éplorés, nous nous inclinons avec respect devant votre douleur et nous vous redisons la part que toute la population prend à votre chagrin.
Recevez, au nom de la Ville du Tréport, les condoléances les plus vives et les plus sincères. »
La musique se fit à nouveau entendre, puis M. le Curé du Tréport fit la levée des corps.
Derrière le clergé venaient les deux chars, dont les cordons furent tenus par des Anciens Combattants et une nombreuse assistance, parmi laquelle nous avons remarqué : MM. Ternisien, maire ; M…., Gignon, G.lée, Roger, Daubemont, Moutarlier, Colson, Castelain, conseillers municipaux ; Pannetier, commissaire de police ; Ferrand, capitaine des Sapeurs-Pompiers ; Odic, directeur du Réveil, et une partie du personnel de son imprimerie ; Pouchin-Perré, directeur du Messager Eudois ; Maclair, directeur de la Société Générale ; une délégation des Dames Françaises ; l’Amicale des Anciens Combattants avec leur drapeau, et ayant à leur tête M. Vigné, président ; les Anciens Combattants de 1870-71 ; M. Roger, président de l’Union des Mutilés ; M. Davout, secrétaire de la Mairie, et un grand nombre de mobilisés. M. Chantret, rédacteur du Messager, empêché, s’était excusé.
A l’église, après l’absoute, M. l’abbé Lanquetuit, dans une éloquente allocution, a salué la mémoire de ces deux enfants du pays morts pour sauver la France et dont le souvenir et le culte pour tous ces héros restera toujours vivace.
Le cortège s’est alors reformé dans le même ordre pour se rendre au cimetière.
Au pied du monument, où les cercueils furent déposés, et après les dernières prières, M. Odis a prononcé le discours suivant :
Mesdames, Messieurs,
Que de fois, en ces dernières années, on retentit ces deux vers de Victor Hugo :
- Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie
- Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie.
Les répéter dans les cérémonies funèbres comme celle qui nous réunit aujourd’hui, c’est une excellente leçon d’enseignement civique et un acte de reconnaissance envers l’un de nos collaborateurs.
Paul Paquet était né à Saint-Nicolas d’Aliermont. Suffisamment préparé par une bonne instruction primaire, il se destine à l’imprimerie, cette noble industrie du Livre, qui fait le charme des intellectuels. Pendant huit ans, il fait partie du personnel du Réveil d’Eu et du Tréport. J’ai pu apprécier son labeur, son dévouement, son travail : c’était un véritable apôtre de la typographie, amoureux de sa profession. A ces qualités, il joignait un caractère aimable, empreint de la plus cordiale camaraderie.
La déclaration de la guerre vint l’arracher à son atelier, à sa femme, à ses enfants. Il part le 4 août 1914 pour rejoindre le 274ème de réserve, constitué de deux bataillons et s’embarque à Rouen le 9 août. L’enthousiasme des soldats était indescriptible. Ils avaient hâte de rejoindre leurs jeunes camarades du 74ème, partis le 6 août, et de marcher avec eux contre l’ennemi héréditaire qui menaçait la Patrie.
Le 274ème débarqua à Rethel, dans la nuit du 9 au 10 août et se mit en marche sur Mezières, Hirson, pour la frontière belge, et arrive à Chimes.
Mais vient la bataille de Charleroi et la retraite de Belgique. La retraite terminée,, marchant de nuit comme de jour, Paul Paquet et ses camarades du 274ème avaient parcouru des centaines de kilomètres sans repos, sans sommeil et presque sans vivres.
Après ce prodigieux effort, le 17 septembre 1914, ordre est donné au 274ème de marcher à l’assaut des lignes ennemies, d’attaquer les villages d’Essardes et de Courgivaux et de se porter vers Neuville Saint Vaast. Un violent bombardement ennemi nous cause des pertes sensibles et Paul Paquet, agent de liaison, est au nombre des victimes. Il avait 29 ans !
Dieu sait quelles terribles épreuves lui et ses compagnons d’armes ont endurées. Et nous ne pourrons jamais nous lasser d’admirer ce beau courage :
« Quels braves gens ! »
Aujourd’hui, mon cher Paul Baquet, après votre sacrifice sur l’autel de la Patrie ; après 7 ans du sommeil de la mort dans les champs de bataille de l’Artois, où j’ai accompli le pieux pèlerinage an allant m’incliner devant les milliers de croix de bois, votre dépouille est rendue à votre famille, qui gardera précieusement la Croix de guerre si noblement gagnée.
Votre corps va reposer au cimetière du Tréport où votre nom est gravé avec celui des glorieux morts de la ville, sur le Monument du Souvenir.
- A ces héros tombés sans crainte et sans remords,
- Salut ! Gloire immortelle à ceux dont la souffrance
- A payé la rançon du pays, qui sont morts
- Pour que vive à jamais la France !
Qu’il me soit permis d’associer à l’hommage que nous rendons à notre camarade Paul Paquet les noms de ceux des nôtres morts pour la France, non parce que leur sacrifice ait été plus grand que celui des autres, mais parce qu’ils appartiennent à notre grande famille d’imprimeurs :
- Le soldat Désiré Godard, typographe au Réveil d’Eu et du Tréport, tombé le 6 octobre 1915, à Saint Hilaire le Grand (Marne).
- Le caporal-fourrier Léon Pouchin, fils de notre confrère, Croix de guerre et Médaille Miliatire, tué le 10 octobre 1918, à l’attaque de la ferme de Fay-le-Sec
- Les soldats Froidure et Lucas, typographes au Messager Eudois.
Je salue respectueusement, avec ces nobles victimes de la Grande Guerre, la dépouille sacrée du soldat Edouard Désenclos, arrivée par ce même convois, et j’apporte à la famille de notre regretté camarade, au nom de notre Maison et de son personnel, l’hommage de nos condoléances profondément émues.
La foule énorme s’écoula alors lentement pour présenter ses hommages aux deux familles auxquelles nous renouvelons notre vive sympathie.
Obsèques de trois soldats, sergent Raoul Bisson, caporal Harold Becquet, soldat Eugène Byhet
19 mars 1922, N°23
Ce matin, samedi, a eu lieu à la gare la levée des corps du sergent Raoul BISSON, du 39ème régiment d’infanterie ; du caporal Harold BECQUET, du 21ème Territorial, et du soldat Eugène Byhet, du 74ème d’infanterie.
Nous donnerons le compte-rendu dans notre prochain numéro.
23 mars 1922, N°24
Les corps de trois glorieux morts : MM. Harold BECQUET, caporal au 21ème Territorial ; Eugène Byhet, soldat au 74ème d’infanterie, et Raoul BISSON, sergent au 39ème d’infanterie, sont arrivées dans la nuit de vendredi à samedi, comme il avait été annoncé. Ils furent exposés dans la chapelle ardente de la cour de la Gare, et, à 11 heures, une assistance très nombreuse très nombreuse était présente pour l’habituelle cérémonie, qui se déroula aussi solennellement que possible. Musique, Anciens Combattants, Mutilés, Conseil municipal étaient, comme toujours, à leur poste et M. Ternisien, maire, prononça le discours suivant :
Mesdames, Messieurs,
Le retour dans notre ville des restes glorieux de trois héros de la Grande Guerre, nous trouve une fois encore réunis, dans l’accomplissement du même et pieux devoir : devoir de reconnaissance et d’admiration envers ceux qui sont tombés, et dont la mort a sauvegardé l’existence même de la patrie ; devoir aussi de sympathie et de fraternelle affection pour les familles de ces chers et grands disparus.
Harold Julien BECQUET appartenait par son âge à un régiment territorial, le 21ème, où il remplissait les fonctions de caporal. Il est mort au Champ d’honneur, à Mesnil-les-Hurlus, le 24 octobre 1915, à l’âge de 36 ans.
Eugène-Martin Byhet, soldat au 74ème régiment d’infanterie, avait 33 ans. Grièvement atteint sur le champ de bataille, il fut transporté à l’ambulance 4-3, située sur le territoire de Vauxtin, dans l’Aisne, et c’est là que, le 6 juillet 1917, il acheva loin des siens, le sacrifice de sa vie. La Médaille militaire et la Croix de guerre attestent sa vaillance et son courage.
Le sergent Raoul Bisson, appartenait au 39ème régiment d’infanterie, à ce régiment normand, qui fut l’un des premiers à l’honneur et au martyre. Il tomba, le 12 octobre 1914, dans la Marne, à Château-Thierry. Mais tandis que Byhet et Becquet étaient déjà dans la force de l’âge, Raoul Bisson, encore presque un enfant, fut fauché dans la fleur de sa vingtième année. La Médaille militaire et la Croix de guerre furent, depuis, envoyées à sa famille.
Comme il nous semble toujours plus sacré, notre cimetière tréportais, qui, une à une, recueille ces nobles victimes d’un cataclysme sans précédent !
Avec quel respect, toujours plus profond, nous pénétrons dans cette enceinte, où dorment enfin près de leurs familles les sauveurs de la France !
Avec émotion je m’incline devant vous, parents éplorés, qui avez au moins la consolation, refusée à tant d’autres, de retrouver vos bien-aimés disparus. Je vous adresse de nouveau les condoléances de la Ville du Tréport. Et je ne puis, en terminant, que répéter les vers célèbres :
Gloire à notre France éternelle !
Gloire à ceux qui sont morts pour elle !
Gloire à vous, Harold Becquet, Eugène Byhet et Raoul Bisson !
Après ce discours, le corps de M. Harold Becquet fut directement transporté au cimetière, où eut lieu l’inhumation.
Le cercueil contenant les restes de M. Eugène Byhet fut transporté à l’église Saint Jacques, où M. le Curé donna l’absoute et prononça une allocution émue dans laquelle il retraça rapidement la vie du glorieux défunt, exalta son courage et demanda pour lui les prières de l’assistance.
Puis le cortège se reforma et l’inhumation eut lieu au cimetière paroissial.
Quant au corps du sergent Raoul Bisson, il fut transporté au domicile de la famille.
Les obsèques ont été célébrées lundi, à 9 heures, en l’église Saint Jacques. M. l’abbé Barthélémy dit la messe, M. le Curé du Tréport donna l’absoute et M. le chanoine Maupas toucha tous les cœurs en prononçant l’éloge funèbre du glorieux disparu.
A cette dernière cérémonie, comme aux précédentes, étaient présents les Anciens Combattants, les Mutilés, M. Ternisien, maire ; M. Obry, adjoint et de nombreux conseillers municipaux.
Nous renouvelons aux familles de MM. Becquet, Byhet et Bisson nos condoléances les plus sincères.
Obsèques de M. Armand Guinand
30 mars 1922, N°20
Hier matin, à 9 h. ½ du matin, ont été célébrées, en l’église Saint Jacques du Tréport, les obsèques de M. Armand Guinand, employé de tramways, décédé à la suite d’une longue maladie contractée au front.
Une nombreuse assistance suivait le char funèbre, parmi laquelle on remarquait : MM. Ternisien, maire ; Obry, adjoint ; le Dr Pépin, Galand, conseillers municipaux ; une délégation des Mutilés et Réformés avec son président, M. Roger ; une délégation des Anciens Combattants, avec son drapeau, conduite par M. Vigné, président ; des Employés du tramway, etc…
A l’église, la messe fut dite par M. l’abbé Barthélémy, et l’absoute donnée par M. le Curé.
Puis le cortège se rendit au cimetière. Après les dernières prières, M. Vigné, au nom des Anciens Combattants, rendit hommage à la mémoire du défunt.
Nous adressons à Mme Guinand, à M. Guinand, son fils, et à la famille nos biens sincères condoléances.
Obsèques des soldats Henri BOUCHE –Eugène POIS- LABOULAIS Louis- BRAU Marie
13 avril 1922, N°30
Lundi matin, une cérémonie bien émouvante avait amené une foule considérable à la gare : en effet, les dépouilles de quatre soldats étaient arrivées au Tréport, où se fit la levée des corps.
Musique municipale, Anciens Combattants, Mutilés, étaient présents comme d’habitude.
On remarquait aussi MM. Ternisien, maire ; Obry, adjoint ; Methlin, Marette, Laurent, Mongne, Gelée, Daubemont, Roger, Testu, Vassard, Cousseau, Colson et Castelain, conseillers municipaux.
M. le Maire, recevant les corps, prit la parole en ces termes :
Mesdames, Messieurs,
Quatre enfants du Tréport retrouvent aujourd’hui le sol qu’ils avaient quitté, pleins de courage et d’entrain, et pour lequel ils ont sacrifié leur existence et leur avenir. Aimer la grande patrie, la France, c’est aimer aussi la petite patrie, la ville natale ou d’adoption, où vivent et se meuvent tant d’êtres chers. Voilà pourquoi et pour qui, sur les champs de bataille, sont tombés les quatre soldats, dont les glorieuses dépouilles nous reviennent et que nous recevons, dans la même manifestation affectueuse et empressée de gratitude et d’admiration.
Henri Boucher appartenait à la classe 1903. Soldat au 5ème régiment d’infanterie, il est décédé le 7 novembre 1914, à Sapicourt, des terribles blessures qu’il avait reçues, face à l’ennemi, au cours de la mémorable bataille de la Marne, qui se termina par la plus grande de toutes les victoires.
Il avait aussi 29 ans, Eugène Pois, lorsqu’il répondit présent à l’appel de la mobilisation. Il faisait partie du 76ème régiment d’Infanterie et c’est au combat de Courtes-Chausses, dans la forêt de l’Argonne, qu’il tomba, le 25 juillet 1916.
Marie-François-Joseph Brau servit au 21ème d’Infanterie Coloniale. Il a été tué à l‘ennemi le 25 septembre 1915 à Massiges, à l’âge de 37 ans.
Beaucoup plus jeune que Brau, Louis-Eugène Laboulais n’avait pas encore l’âge de la conscription quand la guerre éclata. Mais il fut appelé presqu’aussitôt et, versé dans l’artillerie, il tomba cannonier au 46ème régiment de cette arme, le 29 décembre 1915, au bois de la Gruerie.
Chers amis, Le Tréport gardera pieusement votre souvenir, il sera fier immortellement de vos exploits.
Au nom de la ville du Tréport, je m’incline devant vos cercueils et je renouvelle à vos familles dans le chagrin les condoléances les plus vives.
Vous allez en paix dormir dans notre cimetière, où déjà sont couchés nombre de vos camarades. Souvent nous ions nous recueillir auprès de vos tombes, et puiser dans votre souvenir les grandes leçons de concorde et de patriotisme que vous nous avez données et qui ne sauraient être perdues.
La musique exécuta un morceau et le cortège se reforma.
M. l’abbé Lanquetuit, curé du Tréport, fit la levée des corps et l’on gagna l’église où eut lieu une présentation.
M. l’abbé Lanquetuit donna l’absoute et M. l’abbé Maupas, chanoine honoraire, prononça une allocution remarquable, dans laquelle il fit un saisissant tableau des souffrances qu’endurèrent nos soldats au cours de la guerre.
Les quatre inhumations ont eu lieu au cimetière paroissial.
Nous renouvelons aux familles l’assurance de notre vive sympathie.
Obsèques du lieutenant Plouvin et des soldats Félix Bonard, François Gibout et Jules Hanneus
27 avril 1922, N° 34
Vendredi prochain, 28 avril, à 11 heures, aura lieu, à la gare du Tréport, la réception des corps des soldats BONARD Félix-François, du 405ème R.I. ; GIBOUT François-Emmanuel, du 39ème R.I., et HANNEUS Jules, dont les restes ont été exhumés du front.
Les obsèques seront ensuite célébrées en l’église Saint-Jacques et l’inhumation se fera au cimetière paroissial.
Le même jour, à 10 heures du matin, il sera également procédé à la réception du corps du lieutenant PLOUVIN Edmond, du 224ème R.I.
30 avril 1922, N° 35
Hier vendredi, 28 avril, a eu lieu au Tréport, la réception des corps de quatre glorieux morts : à 10 heures, celui du lieutenant Edmond Plouvin, et, à 11 heures, ceux des soldats Félix BONNARD, François GIBOUT et Jules HANNEUS. Comme d’habitude, la Musique municipale se fit entende au cours de ces cérémonies et, comme Félix Bonard en faisait partie, avant sa mobilisation, elle se rendit au cimetière, où elle joua également un morceau.
M. Ternisien, maire du Tréport, prononça le discours suivant à la réception du corps du lieutenant Plouvin, dont l’inhumation eut lieu aussitôt après :
Mesdames, Messieurs,
La guerre touchait presque à son terme, lorsque parvint au Tréport la douloureuse nouvelle de la mort du lieutenant Plouvin. Et, aujourd’hui, nous sommes assemblés, pour recevoir ici, après tant d’autres, la dépouille mortelle de ce glorieux disparu.
Edmond Plouvin faisait partie de la classe 1904. Lieutenant au 224ème régiment d’infanterie, il fut mortellement frappé sur le territoire du vaillant pays de Belgique, dont nos troupes, étroitement unies à celles du roi Albert, défendirent avec un héroïsme sans cesse renouvelé le dernier lambeau, jusqu’au jour de la victoire et de la délivrance. Il est mort, le 14 octobre 1918, à Oslvaltren. Il n’avait que 34 ans.
Permettez-moi, Mesdames et Messieurs, à cet hommage que je rends au lieutenant Edmond Plouvin, chevalier de la Légion d’honneur, au nom de la ville du Tréport, d’ajouter un sincère et personnel regret pour l’actif et ponctuel secrétaire de l’Union des Commerçants, que j’avais à ce moment l’honneur de présider.
Lieutenant Plouvin, j’adresse à votre famille l’assurance de notre sincère sympathie. Reposez en paix dans le cimetière de notre chère cité !
Reprenant la parole en recevant les trois autres corps, M. Ternisien s’exprime ainsi :
Mesdames, Messieurs,
Tout à l’heure, ici-même, nous avions le douloureux honneur de recevoir la dépouille du lieutenant Plouvin. Et nous voici de nouveau réunis pour accueillir, à leur retour parmi nous, les corps de trois autres enfants héroïques de notre cité. Qu’il s’agisse de l’officier ou du soldat, notre hommage est le même, et c’est dans un sentiment unanime d’admiration et de gratitude qu’en foule nous sommes accourus, pour rendre les derniers devoirs à Félix Bonard, à François Bibout et à Jules Hanneus.
Félix-François-Alexandre Bonard était un jeune. Il appartenait à cette classe 15, qui fut si promptement mobilisée, et qui, pour renforcer nos troupes décimées par les trois premiers mois de la campagne, gagna le front, après quelques semaines seulement d’instructions. Soldat au 405ème régiment d’infanterie, il fut tué à l’ennemi, le 28 septembre 1915, au Bois de la Folie, au cours de l’effroyable bataille de Neuville-Saint-Vaast.
Jules Hanneus était, de deux années seulement, l’aîné de Félix Bonard. Il faisait partie de la classe 1912, qui, sous les drapeaux au moment de la déclaration de guerre, eut à soutenir les premiers et terribles chocs d’une agression criminelle. Il tomba au champ d’honneur le 3 octobre 1915, à Frévin-Capelle, et mourut peu après, de ses terribles blessures. C’est au 39ème d’infanterie qu’il avait été incorporé.
François-Emmanuel Gibout était, lui aussi, de ce beau régiment de Normandie, qui, le premier à la peine, fut aussi le premier à l’honneur. Il appartenait à la classe 1901, et avait, par conséquent, 34 ans, comme le lieutenant Plouvin, lorsqu’il mourut pour la France, le 28 décembre 1915 tué à l’ennemi à Souchez.
Chers et glorieux morts, vous allez rejoindre dans notre nécropole, au pied du monument, élevé à la mémoire de vos camarades, ceux d’entre eux, nombreux déjà, qui y dorment leur dernier sommeil.
Vous avez été de bons serviteurs de la patrie… Votre souvenir reste profondément et pieusement gravé dans nos cœurs.
La ville du Tréport s’incline, avec fierté, mêlée de douleur, devant vos restes mortels, et elle renouvelle à vos parents, à vos familles, à tous ceux qui vous étaient chers, l’assurance de sa sympathie la plus profonde et la plus affectueuse.
Puis les corps furent transportés à l’église où le service eut lieu, suivant le cérémonial accoutumé. Et au cimetière, M. Moutarlier, président de la Musique municipale, prononça un discours dans lequel il rappela les qualités de Félix Bonard.
L’assistance, présente aux obsèques des quatre glorieuses dépouilles victimes ramenées au Tréport était considérable. On remarquait, notamment, M. le Maire, MM. Methlin, Pépin, Gignon, Galand, Roger, Colson, Desjonquères, Soobart, Testu, Moutarlier, Vassard, Cousseau, Levillain, Gelée, Calamel, Daubermont, Mongne, Marette, Castelain, conseillers municipaux ; Mme Gelée et les membres de l’Association des Dames Françaises, les Anciens Combattants, les Mutilés, etc,… M. Obry, adjoint, obligé de remplacer M. Ternisien, à la commission cantonale à Eu, s’était excusé.
Nous renouvelons aux familles des glorieux défunts, l’assurance de notre vive sympathie.