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Lycée Anguier - Mémoire des soldats de ma commune
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Mémoire des soldats de ma commune par les élèves du lycée Anguier à Eu. Ce site reprend les travaux des élèves du Lycée Anguier sur les monuments aux morts des communes du canton d’Eu en Seine Maritime d’où sont originaires les élèves. Ces recherches ont été réalisées sous la direction de Laurent Llopez, professeur d’histoire-géographie au lycée.

L’inauguration du monument aux Morts de Millebosc.

L’article du "Messager Eudois" relatant l’inauguration du monument aux Morts de Millebosc.


par Laurent Llopez

Cérémonie religieuse et patriotique

N° du "Messager Eudois" du jeudi 3 mars 1921.

La gracieuse commune de Millebosc a connu dimanche [27 février 1921] des fêtes qu’elle n’avait pas vues depuis trente-cinq ans, lors du baptême de la cloche. C’était pareille affluence, mais dans un cadre plus sévère et pour une cérémonie beaucoup plus grave : l’inauguration d’une plaque de marbre et d’un monument de pierre à la mémoire des enfants de Millebosc Morts pour la France.

L’église –qui, par suite des intempéries est devenue semblable à bien des églises du front,- avait, à l’intérieur, dissimulée toutes ses plaies sous le drapé de longues tentures noires. Quand à 10 h 30, commence la messe, elle est comble : toutes les familles en deuil sont là, près de la modeste tombe de verdure, piquée d’une croix de bois avec cocarde tricolore et casque. C’est simple mais combien impressionnant. Aussi, quand tout à l’heure, M. le Curé de Mesnil-Réaume, après une allocution où il suppliera qu’on se souvienne des morts, s’avancera pour bénir le drapeau offert aux Combattants par la population, qu’il descendra ensuite devant le marbre commémoratif, accompagné du drapeau et de sa garde, ainsi que de quatre jeunes alsaciennes, l’appel des 18 morts fera couler bien des larmes.

Très recueillie le matin, la cérémonie le fut encore l’après-midi, malgré la foule plus considérable, qu’on peut évaluer à un millier de personnes.
A 2 h 30, le cortège part de la mairie pour se rendre à l’église : se sont d’abord les enfants de l’école, les quatre alsaciennes : Melles A. Heux, G. Batté, G. Carpentier, H. Heux et « la France », Mlle Machet ; puis le drapeau et sa garde de poilus en armes ; les clairons et les tambours ; enfin, M. Laignel, maire, entouré de son Conseil municipal, les Combattants portant une magnifique gerbe, une délégation des Anciens Combattants d’Eu, conduite par M. Morin, adjoint au maire ; les familles en deuil, la foule… Ce long cortège essaye de pénétrer dans l’église, mais une grande partie de la foule devra rester au dehors.

Les Vêpres des Morts commencent au milieu du plus grand recueillement, chantées par M. Legras, curé de Sept-Meules. Dans le chœur, on remarque la présence de S.A.R. et I. Madame la Comtesse d’Eu, qui porte à l’église de Millebosc un particulier et généreux intérêt ; elle est accompagnée de Mme la Comtesse de Muritiba ; de M. Lefebvre, conseiller général, maire de Guerville ; Riquier, maire d’Incheville ; Marchandin, maire de Longroy ; Mouton, maire de Mesnil-Réaume ; Morin, adjoint au maire de la ville d’Eu.
Après quelques chants de circonstance, M. l’abbé Mahé, curé de Longroy, prend la parole ; en termes énergiques, il rappelle la vie de souffrances des héros que nous pleurons aujourd’hui et montre combien s’impose à tous, pour être dignes d’eux, une vie d’union et de travail. C’est l’absoute près de la tombe dressée dans l’église : quel silence !

En termes émus, M. l’abbé Duboc remercie tous ceux qui se sont unis « comme des frères » pour faire grandiose cette cérémonie funèbre et abjure une fois encore que demeure longtemps entre tous l’esprit de fraternité.
Et maintenant, le long et imposant défilé va prendre toute son ampleur sur la route du cimetière. Sous un soleil clément, les drapeaux et les oriflammes flottent légèrement aux arcs de triomphe dressés ça et là ; grâce à la très habile et très dévouée direction de M. Machet, garde-forestier, le cortège garde l’ordre et l’harmonie la plus parfaite, jusqu’au pied du monument, où la foule forme cercle pour entendre les orateurs.

Dès que la pierre est bénite, en effet, par M. l’abbé Wacquet, curé de Guerville, M. Laignel, maire, prend la parole : c’est un merci très cordial –mais très ému- qu’il adresse aux morts et aux vivants ; puis c’est M. Folny Albert, président de l’association des Anciens Combattants de Millebosc ; M. Peltier, instituteur à Chepy, fils et frère des anciens [illisible] de Millebosc, il rend hommage à ceux qui furent ses camarades ; M. Morin, ensuite, au titre de vice-président de l’Association [illisible : cantonale ?] des Anciens Combattants, fait, dans une allocution très forte, de ce que fut le paysan dans la guerre.

Ces quatre discours, coupés par des chants patriotiques exécutés sous l’aimable direction de Mlle Conseil, institutrice, produisent une impression profonde sur la foule. Aussi le calme presque religieux de la matinée va-t-il durer jusqu’au soir ; quand, après avoir reconduit le drapeau au domicile du président, les « anciens poilus » se réuniront à la mairie pour accepter le vin d’honneur offert par la Municipalité, il n’y aura ni chants ni démonstrations bruyantes. Tous ont compris qu’en une fête de funèbre souvenir, il fallait garder, à cause des morts, une dignité pleine de sérieux.

Les habitants de Millebosc l’ont compris et ils ont donné le spectacle une fois encore, d’une population très unie dans la douleur comme dans la joie.


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