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Lycée Anguier - Mémoire des soldats de ma commune
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Mémoire des soldats de ma commune par les élèves du lycée Anguier à Eu. Ce site reprend les travaux des élèves du Lycée Anguier sur les monuments aux morts des communes du canton d’Eu en Seine Maritime d’où sont originaires les élèves. Ces recherches ont été réalisées sous la direction de Laurent Llopez, professeur d’histoire-géographie au lycée.

Un effort de sensibilisation au 11 novembre.

Un nouvel article du Lt-Col. J. P. Renaud (er), Président du CHMEDN de Montpellier.
"Journée Mémoire à l’Ecole d’Application de l’Infanterie", 5 novembre 2002.


par Laurent Llopez

Monsieur le Lt-Col. (er) J.P. Renaud, Président du CHMEDN de Montpellier, nous a fait l’honneur de nous autoriser à publier un autre de ses articles.

Le moral de l’arrière (1)

Pourquoi les Poilus tiennent-ils devant l’ennemi alors que les tués, les disparus, les blessés sont innombrables ? Alors qu’ils subissent dans les tranchées le froid, la boue, les puces, la morsure des rats, la chaleur étouffant ? Pourquoi continuent-ils jusqu’au bout, jusqu’à la dernière minute avant le cessez-le-feu de 11 heures le 11 novembre 1918 ?

Ils tiennent, parce qu’à l’arrière, les civils tiennent.

Pourquoi les civils de l’arrière devraient-ils tenir ?

Le Poilu du front a besoin d’être convaincu que son combat n’est pas inutile, qu’il se bat pour une juste cause, que lorsqu’il sera pour de très rares moments en repos, en permission, dans sa famille on l’entourera de toute l’affection dont il a besoin. Cet arrière n’est pas, pour le Poilu, uniquement sa famille, c’est toute la Nation, c’est le regard des autres, les paroles des autres, ce sont les générations précédentes mais c’est surtout la jeunesse. Est-ce que la jeunesse se rend compte de leur sacrifice ? L’arrière doit donc s’efforcer de trouver des idées, des moyens, pour soutenir ceux qui combattent. La générosité, le cœur, voilà ce qui, est attendu par les Poilus.

Ceux de l’arrière ne se comparent pas aux Combattants mais vous devez savoir que ceux de l’arrière se sont tous mobilisés. Voici un exemple du Corps enseignant, voici ce qu’écrit le recteur de l’Académie de Bordeaux aux professeurs et instituteurs sur le front, le 16 février 1916, au début de la grande bataille de Verdun (février-décembre 1916) qui, va coûter 283 000 morts aux Allemands et, 315 000 aux Français, plus de 2200 hommes par jour rien que pour le mois de juin 1916. Il y avait eu pire encore : 27 000 morts pour une seule journée, celle du 22 août 1914. Voici un extrait de cette lettre :

« …Je vous dois de nos nouvelles en échange des vôtres. Tout en souffrant de l’absence de ses fils…Aucune classe ne chôme. Vos élèves ne vous oublient pas ; ils pensent à vous en travaillant. Vos collègues ont accepté, sans marchander, que fût doublé l’effectif de leurs classes, et presque doublé le nombre de leurs heures de service. Ceux qui étaient retraités ont repris le collier ; j’ajoute qu’ils ne touchent aucun traitement. Nous avons, comme c’était justice, offert l’hospitalité à quelques professeurs belges. Dans les écoles rurales enfin, comme aux champs voisins, il arrive que les femmes remplacent les hommes. Chacun fait tout ce qu’il peut, c’est le mot d’ordre. On est récompensé quand arrive une lettre de vous ; on la passe, on est fier, on se croit un peu au feu. Puis votre bonne humeur rayonne et réconforte….Oui, vos mères et vos femmes ont le courage de l’attente patiente et du sourire dans l’angoisse. Mais elles font plus ; elles ont cumulé toutes les formes de service à leur portée : le service des blessés ( 3 200 000) ; on avait entendu parles des Dames de la Croix-Rouge, mais personne n’avait prévu que toutes les Françaises se feraient les sœurs de tous les blessés de France, comme d’une grande famille, … ; le service des réfugiés, qui sont des blessés à leur manière (2 030 000 Français des 12 départements occupés et plus de 300 000 Belges et Serbes), …le service sacré des orphelins ; votre service enfin. Quand la crainte s’est répandue que vous ayez froid, tous les magasins où se vend la laine ont été vidés en quelques jours, et le tricot et l’appellation de tricoteuse ont été du coup réhabilités. On tricote dans toutes nos écoles…Il y a du professeur dans le soldat que vous êtes ; il restera du soldat dans le professeur. N’y pensez pas encore, mais j’y pense pour vous, après le retour au foyer, à ce retour fêté aussi dans la cour de votre école ou de votre lycée, à cette première rencontre avec des élèves qui vous attendent et se préparent déjà à vous écouter. Pour ma part, je n’enterai pas sans quelque respect dans vos classes, mais j’y entrerai heureux et fier de vous tendre de près la main que je vous tends de loin aujourd’hui. »

Voilà un magnifique exemple de solidarité entre les enseignants et les élèves de l’arrière et nos Poilus du front.

Mais je vous ai dit en commençant que les Poilus avaient du tenir jusqu’à la dernière heure. Voici ce qu’écrit à ses Parents, Poézéra, un Breton, le 13 novembre 1918, il raconte ce qui s’est passé pendant les dernières les quarante-huit heures :

« Le 9 à 10 heures du matin on faisait une attaque terrible dans la plaine de Woëvre. Nous y laissons les trois quarts de la compagnie, il nous est impossible de nous replier sur nos lignes ; nous restons dans l’eau 36 heures sans pouvoir lever la tête ; dans la nuit du 10, nous reculons à 1 km de Dieppe ; nous passons la dernière nuit de guerre…on ne peut plus se tenir sur les jambes ; j’ai le pied gauche noir comme du charbon et tout le corps violet ; il est grand temps qu’il vienne une décision, ou tout le monde reste dans les marais, les brancardiers ne pouvant plus marcher car le Boche tire toujours ; la plaine est plate comme un billard.
A 9 heures du matin, le 11, on vient nous avertir que tout est signé et que cela finit à 11 heures, deux heures qui parurent durer des jours entiers.
Enfin 11 heures arrivent ; d’un seul coup, tout s’arrête, c’est incroyable. Nous attendons 2 heures, tout est bien fini ; alors la triste corvée commence, d’aller chercher nos camarades qui y sont restés. Le soir arrive, il nous faut ester là, mais on allume un grand feu et les rescapés se rassemblent ; tout le monde est content mais triste : la mort plane encore dans l’air…c’est fini »

Parmi les survivants (6 440 000), un sur deux est blessé, on compte 600 000 veuves et 760 000 orphelins en 1920, et encore 1 118 000 invalides de guerre en 1922 dont toute la population française va devoir s’occuper.

Ne tuez pas ces Poilus une deuxième fois en les oubliant le 11 novembre 2002. Pensez très fort à eux, pensez à tous ces orphelins, à ces veuves, à ces familles brisées par le chagrin. Ce jour-là pensez à tous les Combattants, à tous les civils de toutes les guerres qui ont dû subir la guerre.

Note :
(1) Texte élaboré à partir des ouvrages :
– Pédagogie de guerre. Pages choisies par Raymond Thamin, recteur de l’académie de Bordeaux, Paris, Hachette, 1920
– Paroles de poilus. Lettres et carnets du front, 1914-1918, sous la direction de Jean-Pierre Guéno et d’Yves Laplume, Paris, Librio, 1998.


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