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Lycée Anguier - Mémoire des soldats de ma commune
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Mémoire des soldats de ma commune par les élèves du lycée Anguier à Eu. Ce site reprend les travaux des élèves du Lycée Anguier sur les monuments aux morts des communes du canton d’Eu en Seine Maritime d’où sont originaires les élèves. Ces recherches ont été réalisées sous la direction de Laurent Llopez, professeur d’histoire-géographie au lycée.

Bully les Mines, commune du Pas De Calais

Un article sur le soldat Marche, par le Lt-Col. (er) J.P. Renaud, Président du CHMEDN de Montpellier.


par Laurent Llopez

Monsieur le Lt-Col. (er) J.P. Renaud, Président du CHMEDN de Montpellier, nous a fait l’honneur de nous autoriser à publier un de ses articles. Voici l’histoire du soldat Marche, Mort au champ d’honneur.

Comment faire pour que vous n’oubliiez pas le sacrifice de vos arrière-arrière-grands-pères au cours de la 1ère Guerre mondiale de 1914-1918 ?

Discours à l’Ecole d’Application de l’Infanterie, 10 novembre 2000.

Laissez-moi vous raconter une courte histoire.

Le 4 octobre 1925, à Bully-Grenay dans le Pas-de-Calais, on inaugurait un monument à la mémoire d’un fantassin, Fernand Marche, tué à vingt-huit ans, en 1916, devant Verdun.

Depuis plusieurs jours, le colonel commandant le 130ème régiment d’Infanterie tentait désespérément de communiquer avec l’État-major de sa division pour lui faire connaître la situation critique de son régiment. Ils allaient être submergés. Tous les coureurs envoyés vers l’arrière pour demander des secours avaient été tués par les tirs de l’artillerie. A cette époque, pas de postes radiotéléphoniques, encore moins de portables, tout passe par l’agent de liaison, le soldat qui court vers l’arrière et risque sa vie à l’aller comme au retour de sa mission.

Le colonel demande un ultime volontaire, après lui il sera trop tard car il sait qu’un assaut allemand va être lancé dans les heures qui suivent. Fernand Marche se présente. « C’est toi qui vas là-bas ? C’est bien ! Voici un papier qui doit arriver. Il faut qu’il soit remis à la division avant quelques heures… Tu sais la route… Et tu sais aussi la situation…Tes camarades sont à la merci d’un nouvel assaut… et ce nouvel assaut, aura lieu cette nuit… Comprends-tu pourquoi il faut que ce papier arrive ?… Si nous ne recevons pas les renforts qu’il demande, ton régiment va être enfoncé, tous les autres efforts et les sacrifices de ces dernières semaines vont être anéantis, puisque le Mort-Homme (nom de la position que le régiment occupe), c’est la clef de Verdun, et Verdun, c’est la clef de la France, tu comprends ?… Voilà ! Et maintenant, viens que je t’embrasse !… » Alors, lui remettant son pli, le colonel, qui savait où il envoyait cet homme, l’attira d’un élan brusque contre sa poitrine et, par deux fois, il l’embrassa…

Celui qui allait partir avait tressailli de nouveau sous cet adieu.

Religieusement, il prit le papier et le plaça dans son portefeuille usé, tout contre un paquet de lettres, contre son cœur. Le soldat a tout de suite compris l’importance de sa mission. Il dit simplement : « C’est entendu, mon colonel, le papier arrivera ! »… Et avant de se retourner pour sortir, il adressa à son chef un dernier regard, un regard plus éloquent que toutes les phrases, un merveilleux regard dans lequel, il se donnait tout entier, lui, et sa jeune vie… Je ne l’oublierai jamais, ce regard-là !…

Il n’est pas revenu…. Il n’est même jamais arrivé… Mais le pli qu’il portait est arrivé quand même... Les renforts ont pu être envoyés à temps. Et, le lendemain, le Mort-Homme était encore à nous, après les furieuses attaques de la nuit.

Que s’est-il passé exactement ? Voici ce que raconte le capitaine Roland Engerand (extrait de l’article « faites passer !… » par le capitaine Roland Engerand in L’Illustration du 10 octobre 1925) :

Courant de trou d’obus en trou d’obus, celui qui s‘était offert pour la mission désespérée a bien réussi à traverser une partie de la zone effroyablement marmitée. Il a même dépassé un carrefour de pistes où il a pu reconnaître les cadavres de ses deux camarades qui avaient atteint le point le plus éloigné et sur lesquels s’acharnaient les rafales... Mais, quelques mètres au-delà, un obus l’a abattu net… Ce qui s’est passé en lui, nul ne le sait… mais, ce que je puis dire, c’est que ce soldat qui s’était pénétré de son rôle, qui savait que sa mission devait être à tout prix remplie, a compris qu’il allait mourir, mais qu’il ne fallait pas qu’il meure tout à fait… Il a dû entrevoir, dans un éclair, que s’il se recroquevillait simplement pour expirer, comme ses camarades, c’était la catastrophe, l’effondrement de tant d’espérances… Et ce mourant, après avoir tiré de son portefeuille le si précieux papier, s’est traîné jusqu’à un carrefour de pistes (une proche croisée de pistes) et il est mort comme il voulait mourir, en travers des chemins, bien en vue, couché sur le dos, son bras gauche serré sur son ventre sanglant et son bras droit - c’est là que se passe l’admirable chose ! – son bras droit, prodigieusement raidi, levé vers le ciel, tenant dans sa main crispée le papier rougi. Toute sa volonté s’est figée dans ce geste… Et la mort n’a pu lui abattre le bras !

Devant ce cadavre, en qui survivait la pensée, un agent de liaison d’un régiment voisin, qui se rendait lui aussi à la division, est venu, quelques temps après, s’aplatir entre deux rafales. Il a remarqué, surgissant, ce bras dressé vers le ciel et le papier sanglant qu’il tendait.. Il a pris le pli, l’a lu, a compris son importance, puis est reparti la minute d’après, emportant au PC qu’il a eu le bonheur d’atteindre, avec son compte-rendu, l’appel angoissé du mort… Alerté immédiatement, le régiment de Bretons rassemblé à proximité et qu’on envoya rétablir la situation est arrivé à temps… Et c’est sur une belle et grande victoire française que s’est levé le jour suivant.

Les Mines de Béthune ont voulu que la statue de Fernand Marche se dressât à l’entrée de la mine où il fut mineur. Elles ont donc lancé une souscription nationale tout en y contribuant largement pour aboutir à cette inauguration du 4 octobre 1925.

Ainsi le geste de Fernand Marche ne périra pas. Son « Faites passer !… », cette clameur familière par laquelle nous nous transmettions, aux relèves comme aux combats, les ordres et les appels, se prolonge et se prolongera…Ce billet qu’il crispe dans sa main expirante, nous savons ce qu’il faut y lire, ce que toujours on devra retrouver dans ce dernier appel des glorieux morts (trépassés) : « …Voilà comment savaient mourir, de 1914 à 1918, les hommes de chez nous ! Il ne faut pas que de tels sacrifices aient été vains et que les âmes des survivants restent inchangées…Faites passer, qu’on n’oublie pas ceux qui se sacrifièrent et que l’on vive un peu à l’ombre de leur croix…Les grandes idées pour lesquelles nous sommes morts, il ne faut pas qu’elles meurent…Ce serait nous faire mourir une seconde fois…Faites passer ! » …J’ai fait passer !..

Ainsi termine le capitaine Roland Engerand.

Mon colonel, direz-vous, cela n’arrivera plus, plus chez nous, en France ! Personne ne peut et ne pourra jamais vous affirmer qu’il n’y aura plus de guerre sur notre sol national. C’est bien pour cela qu’il ne faut pas oublier pourquoi ces soldats allèrent jusqu’à donner leur vie ; c’est pourquoi il faut « faire passer », entretenir cette reconnaissance nationale au profit de ces Poilus qui ont tant souffert.

Notre nouvelle armée, professionnalisée, est là pour participer à votre sécurité, aux opérations de paix dans les pays qui n’ont pas réussi à gagner cette paix, partout où la France estime devoir être présente.

Toutes et tous, vous avez maintenant un nouveau rôle à jouer, ne pas vous couper de cette armée où serviront un frère, une cousine, un ami. Vous devez suivre leurs actions, ne pas vous désintéresser des choses de l’armée, ces volontaires sont en quelque sorte vos représentants en sachant que, s’il le fallait, le pays ferait appel à vous.

Toutes et tous, demain, lorsque vous participerez dans votre ville ou votre village, au recueillement devant le Monument aux Morts, « faites passer » en étant fiers de votre présence.


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