Des noms sur les soldats inconnus
S’il est arrivé à beaucoup de Bainvillois de passer maintes fois devant le monument aux morts de la commune, s’ils ont aussi assisté à l’appel des morts lors des commémorations patriotiques, combien d’entre eux se sont interrogés sur la liste des treize noms gravés dans la pierre ?
Sur le monument, deux colonnes de cinq noms. En dessous, trois autres noms inscrits comme s’ils avaient été ajoutés.
Les élèves d’un lycée de Rouen, relayés par les lycéens de Mirecourt, se sont posés la question. Car les trois noms ajoutés, Joseph Chaix-Bryan Pierre Gaixet et François Duron, ont la particularité de n’avoir aucun lien avec une famille de Bainville-aux-Miroirs. Alors pourquoi donc figurent-ils sur le monument communal ?
Mystère élucidé
De passionnantes recherches sur le site « Mémoire des Hommes » permet d’élucider ce mystère et de mieux faire connaissance avec ces soldats inconnus. Joseph Chaix-Bryan est né le 21 mars 1876, à Marseille. Après être entré à l’école militaire de Saint-Cyr en 1895, ce fils de consul du Guatemala en France sort sous-lieutenant. En 1914, il est capitaine au 2ème Régiment de Dragons.
Pierre Gaixet. né le 11 novembre 1894 à Perpignan, était aussi en 1914 du 2ème Régiment de Dragons, comme brigadier. Enfin, François Duron, né le 22 octobre 1893 à Blot-l’Église (Puy-de-Dôme), était, lui, soldat au 14ème Régiment de Dragons.
Le point commun de ces trois hommes : ils ont été tués au cours de la bataille de Rozelieures, le 25 août 1914 ; Rozelieures se trouvant à une quinzaine de kilomètres de Bainville, le lieu de la première victoire française de la Première Guerre mondiale. Le jour-même de la bataille, les 2ème et 14ème Régiments de Dragons sont relevés par le 210ème Régiment d’artillerie et reçoivent l’ordre d’aller se reposer à... Bainville-aux- Miroirs !
Un cahier d’écolier, tenu par une habitante du village qui résidait au café Martin (31 RN 57). aimablement prêté par Mme Francin, apprend que, tout au long de la Grande Guerre. Bainville accueillera un grand nombre de régiments qui y établiront leur cantonnement, apparemment, chez l’habitant et les cafés de l’époque.
Inhumés au pied du monument
A la première page de ce cahier, période août-septembre-octobre 14. on peut lire : « 2ème, 14ème Dragons, soir... morts chez Peultier... »
Qu’en déduire ? Que les deux régiments sont arrivés à Bainville avec leurs camarades déjà morts ! Le journal de marche du 2ème Régiment de Dragons le confirme. Les registres d’état civil de Bainville-aux-Miroirs aussi. On y trouve, enregistrés, les trois actes de décès des soldats.
Dès 1920, le conseil municipal a décidé d’ériger un monument aux morts en mémoire des enfants de la commune, disparus au cours de ce terrible conflit. Le 6 juin 1921, le monument est inauguré.
Et les trois Poilus tués à Rozelieures ? Ils sont inhumés. dans la foulée, au pied du monument et n’ont jamais été rapatriés dans leurs communes respectives. Ainsi, donc, 100 ans après leurs disparitions,’ on peut enfin mettre une histoire sur leurs noms.
S’ils ne sont pas les enfants de Bainville. il y ont trouvé le repos éternel et la certitude que leur histoire ne se perdra pas dans les abîmes de l’anonymat.
Sources :
– Guy Bourguignon, « Des noms sur les soldats inconnus », article paru dans l’Est Républicain du 7 janvier 2015.
– Biographie de Joseph Benjamin Édouard CHAIX-BRYAN (1876-1914), article publié sur le site « Légion d’Honneur en Beaujolais », http://leg.hon.beaujolais.free.fr/doc/joseph_bryan.pdf
