Sur la place devant l’église, dans un double "enclos sacré", le monument aux Morts de Bouillancourt-en-Séry présente un type "mortuaire" (du deuil) par ses décorations.
"L’enclos sacré" est ici constitué d’une grille extérieure classique, mais aussi de gros obus-trophée décoratifs aux 4 coins. Les communes pouvaient en faire demande à la fin de la guerre. Le Ministère de la Guerre les "offrait", les communes devant juste payer le transport de ses trophées (idem pour les canons).
De forme très classique (la stèle-obélisque) mais très esthétique, le monument de Bouillancourt-en-Séry nous présente une symbolique du deuil, avec ses décorations faisant référence à la perte : cordon mortuaire en haut, couronne mortuaire, palme du sacrifice (ou de la Victoire) en bronze. Il y associe aussi la force et la victoire (rameaux de chêne et d’olivier). La croix chrétienne, en principe interdite sur un lieu public, est ici très visible.
La dédicace est ici plutôt patriotique, avec son adjectif "glorieux", mais fait référence à la mort, ce qui correspond donc bien à un monument du deuil et du souvenir.
Une plaque a été rajoutée à la base du monument pour célébrer la mémoire des victimes civiles de la 2nde Guerre mondiale. Mais cette plaque n’est pas collée au monument. Désir de différencier les 2 types de pertes, civiles et militaires ?
Les listes de Mort pour la France sont chronologiques, mais adoptent pour chaque année un classement alphabétique. La liste du début de la guerre est gravée sur la face principale, ce qui est plutôt original.
Sur un des côtés latéraux, une palme de bronze dorée semble avoir été rajoutée par la suite. Sur cette face, aux Morts pour la France des années 1916-18, s’ajoute un Mort pour la France de 1943. Souvent, les Morts pour la France de la 2nde Guerre mondiale se trouvent sur la face arrière... un rajout a été fait pour 1918, rompant ainsi l’ordre alphabétique. Un soldat disparu déclaré "Mort pour la France" après la construction du monument aux Morts ?
Mais l’arrière fait ici plutôt référence aux Morts de conflits ultérieurs. Ici, une plaque commémore un Mort d’AFN, qui est aussi gravée sur la base. Un doublon face à l’usure du temps ou le désir de marquer un Mort dans un conflit qui divise les mémoires ?
Le nom du constructeur du monument apparaît sur le socle. Il s’agit d’un constructeur "local" qui a fourni un certain nombre de monument dans le secteur.